Décider de sortir du nucléaire,c’est montrer le cap d’une civilisation adaptée aux défis de notre siècle

Je voudrais à mon tour entrer dans le débat, après avoir eu déjà l’occasion d’intervenir sur ce sujet et de présenter une analyse. C’était avant Fukushima. Nul n’était sous le choc de cette émotion invoquée de façon récurrente par ceux pour qui la rationalité scientifique serait une Vérité absolue, malheureusement-mise-en-péril-par-les-opinionsde- populations-très-mal-informées-par-des-médias-ascientifiques. Je me suis d’ailleurs exprimé sur le sujet énergétique à diverses reprises1 à titre personnel ou professionnel durant les dernières années, à l’abri des émotions. Mes positions sont publiques et datées.

Je crois profondément que le XXIème siècle sera celui de la transition des énergies de stock (fossiles et fissiles) vers des énergies de flux (soleil, vent, biomasse, hydraulique, géothermie). Notre situation actuelle est une parenthèse historique qui nous aura amené à consommer de façon prédatrice, durant quelques générations, des ressources qui ont été produites durant des millions d’années, et cela au prix de la destruction irrémédiable de la biosphère. Le tout en pratiquant une politique d’apartheid économique au niveau mondial, les pays industrialisés consommant 75% des ressources énergétiques pour une population de 25%. Ce temps est révolu et sans alternative démocratique, la guerre et la barbarie risquent de frapper à nos portes. La question qui nous occupe dépasse donc largement la question nucléaire, même si celle-ci, qui est quantitativement marginale au niveau mondiale et le restera, occupe une place centrale dans ce qui forme la pensée énergétique, en particulier dans notre pays. La question énergétique est une question de civilisation bien avant d’être une question technique. Ce n’est pas nier la nécessité de la science et de la technique que de l’affirmer. Je suis contraint de me limiter à quelques points, tant le champ est vaste.

 

Le nucléaire est quantitativement marginal et le restera

Au niveau mondial, le nucléaire fournit 3,2% des consommations énergétiques finales (en France17%) et environ 7% de l’énergie primaire2. L’Agence Internationale de l’énergie (AIE), pourtantfavorable au développement de cette énergie indique que, dans la perspective la plus favorable, letaux de fourniture en 2030 serait de …. 7%3. Si l’on s’en tient à la production d’électricité, lacontribution du nucléaire est de 16% au plan mondial et environ 76% au plan national. Ainsi, la Franceest dans une situation particulière qui ne doit pas masquer la réalité du sujet à l’échelle mondiale.

 

Gaz à effet de serre

La question climatique est incontournable : elle est, avec la rareté des ressources énergétiques (et d’eau), un sujet essentiel qui interroge l’humanité quant à sa survie. Il est exact que la production d’électricité 4 n’émet pas de gaz à effet de serre (ou de façon marginale), comme cela est d’ailleurs le cas de toutes les énergies renouvelables. C’est ce qui explique que la France est plutôt bien placée en termes d’émissions par habitant ou unité de PIB. Ainsi la France se présente au monde comme un ‘’modèle’’ en ce domaine.

En quoi ce ‘’modèle’’ pourrait-il être étendu en tant que réponse au changement climatique ? Raisonnons par l’absurde. Supposons un monde en 2050 qui serait la situation française en 2010 : même niveau de développement, même niveau de consommation d’électricité par habitant, même proportion de nucléaire dans la production d’électricité. Avec 9 milliards d’habitants estimés, le nombre de réacteurs nucléaires devrait être à cette époque de 90005. Cela signifierait la construction de 225 réacteurs par an, soit un réacteur chaque 39 heures, scénario que personne ne retient bien évidemment. Les plus ‘’optimistes’’ prévoient la construction de 430 réacteurs avant 2030, dont plus de la moitié pour remplacer les réacteurs anciens.

Avec ce scénario ‘’extension du modèle français au monde entier’’, nous n’aurions résolu que 16% du problème, puisque 84% des consommations énergétique du monde ne sont pas de l’électricité et émettent des gaz à effet de serre pour le transport, la production de chaleur, etc. Il faut donc éviter de faire l’équation énergie = électricité = nucléaire comme nous le faisons trop souvent ! La solution nucléaire peut donc être un instrument pour lutter contre le changement climatique, mais dans une proportion limitée, qu’il faut mettre en regard d’autres solutions alternatives (économies d’énergie, énergies renouvelables, cogénération, etc.). Il ne faut donc pas confondre l’impact sur les chiffres de l’exportation de quelques réacteurs français supplémentaires (ce qui peut multiplier par 3 ou 4 un chiffre d’affaire) avec leur impact sur le changement climatique (de l’ordre de la décimale). Ces chiffres sont connus de tous, mais on se fait balader en permanence ! N’a-t-on pas parlé de ‘’marché du siècle’’ quand la France a vendu 2 réacteurs à la Chine ?

 

Les limites de la solution nucléaire

Le scénario ci-dessus, même s’il devait ne se réaliser qu’à 50% ou même 25% se heurterait à une série de contraintes irrémédiables qui le rendent absolument irréaliste : ressources en uranium, déchets, prolifération, risques de terrorisme, probabilité d’accidents majeurs, etc. Il est un fait qu’aucune civilisation a connu une durée de vie supérieure – en encore moins un état de paix - à la durée de vie de déchets nucléaires. La très haute qualité des ingénieurs qui s’emploient à limiter ces risques au maximum n’est bien sûr pas en cause. Mais je ne me sens pas rassuré par le fait selon lequel le plutonium ‘’produit et aussi utilisé (Mox) dans les centrales nucléaires (le 239)’’, a une ‘’période de vie de 24100 ans’’ (demivie: au bout de cette durée, la moitié a été transformée). Et je le suis encore moins quand il écrit, croyant sans doute rassurer qu’il n’y aurait ‘’jamais eu de ‘’certitude’’ dans l'appréciation des scientifiques sur la sûreté des installations nucléaires, mais des probabilités raisonnées, qui ne nient pas la possibilité d'accidents mais au contraire essaient de fournir des estimations quantitatives et surtout de prévoir les mesures à prendre en cas d'occurrence d'un tel événement’’. Quand on sait les conséquences d’un seul accident, cela fait froid dans le dos, et je me prendrais vite à préférer les discussions qualifiées par lui de ‘’coin de bar’’ (c’est-à-dire entre nonscientifiques, si j’ai bien compris) qui s’avèreraient tout à coup frappées du coin du bon sens. Quant à la fameuse ‘‘indépendance énergétique française’’ également invoquée, elle est surtout un leurre. La totalité de l’uranium est importée, en particulier du Niger maintenu dans un état de dénuement extrême.

Selon une étude publiée début 20116, ‘’si l’on s’en tient, comme le font traditionnellement en France les gouvernements successifs, à une définition de la production nationale d’énergie incluant l’électricité nucléaire, même si l’uranium est totalement importé, la France peut s’enorgueillir d’un taux d’indépendance énergétique7 de 51% contre 41% pour l’Allemagne en 2009. Si l’on prend en compte le fait que l’uranium utilisé dans les deux pays est entièrement importé les taux d’indépendance respectifs tombent à 9% pour la France et à 30% pour l’Allemagne, qui, il est vrai utilise encore beaucoup de charbon pour la production d’électricité’’.

 

Coût et prix de l’électricité

Les chiffres ci-dessus concernent le prix de l’électricité pour les ménages, avec et sans taxes (et sans les primes fixes d’abonnement). Avec 12,56 €cents/kWh, le prix est nettement plus faible qu’en Allemagne (24 €cents) – qui a décidé de sortir du nucléaire et dispose maintenant d’une production en renouvelable (18,1%) proche du nucléaire (22,6%)8 ou au Danemark (27 €cents) , mais l’écart s’explique essentiellement par le niveau des taxes, ces deux derniers pays dissuadant l’usage de l’électricité, notamment pour le chauffage, alors qu’en France le chauffage électrique a été encouragé à cause du nucléaire. La hausse de 30% demandée par EDF amènera les prix HT français à des prix proches de ceux de l’Allemagne9 ou du Danemark. Quand les coûts de démantèlement10 des centrales et de gestion des déchets11 seront intégrés et que les installations nucléaires ‘’historiques’’ amorties auront cessé de produire, les prix s’envoleront. Le coût de l’EPR en cours de construction par AREVA en Finlande est passé de 3 Mds€ à probablement 6,7 Mds€ avec les pénalités de retard (c’est le premier de la série et n’étant pas terminé, il n’a toujours pas produit un seul kWh, le coût de celui-ci est donc inconnu). Le coût du kWh nucléaire est surtout l’amortissement de l’investissement. Celui-ci va encore s’accroître avec de la sécurité supplémentaire On s’apercevra alors qu’il sera proche de celui de l’éolien dont le prix ne cesse de décroître… Tout cela pour ça ! Cela étant, et en particulier grâce à cette politique fiscale, l’évolution des consommations par habitant en Allemagne (voir ci dessous), pourtant beaucoup plus industrialisée que la France, ont été nettement plus faible et la quantité d’électricité consommée y est très sensiblement inférieure. Et à la fin, ce que paie le consommateur, c’est une quantité multipliée par un prix !

 

Risques, profit et démocratie

Un autre argument avancé, bien en cours à la CGT Energie et donc dans la gauche française12, serait que la course au profit serait l’explication principale du risque. C’est très certainement un facteur supplémentaire. Mais n’oublions pas que le principal accident a eu lieu à Tchernobyl en un temps et un lieu où le profit ne guidait pas les décisions. C’est plus largement l’absence de démocratie qui semble être le principal facteur de risque. Or, il apparaît que le nucléaire est peu compatible avec la démocratie, quel que soit le pays, comme on le voit à nouveau au Japon. Le fait qu’il existe des risques, qu’il s’agisse d’une technologie complexe que seuls des spécialistes seraient capables de comprendre et que le lien avec le secteur militaire soit très étroit, tout cela concours à une non transparence qui est une sorte de péché originel du nucléaire.

Ce sont les ONG qui partout sont les alerteurs de problèmes. Là où elles existent… Ce sont aussi les écologistes qui ont alerté sur toutes les questions de raréfaction des ressources, de la destruction desécosystèmes et de la biosphère, mis en garde contre les risques de nombreuses illusions technologiques et les impasses de notre mode de développement13. En conséquence, le programme électronucléaire français, le plus important au monde, a été décidé en février 1974 dans une période perturbée : 4 mois après la guerre du Kippour (et le premier choc pétrolier) et 2 mois avant la mort de Pompidou, sans même une information du Parlement. Alors quand je lis que l’abandon – heureux selon moi – du surgénérateur de Malville qui aurait été décidé sous la ‘’pression écologiste’’, ‘’sans aucun débat démocratique’’ cela fait sourire. Au moins pour cette décision, le Parlement aura voté ! On aura en revanche en mémoire les débats longs et passionnés au Parlement qui ont abouti à réduire l’éolien à la portion congrue… Deux poids deux mesures ! Il en va de même au plan européen : le Traité Euratom a été signé de façon séparée le même jour que le Traité de Rome, lequel s’est transformé au fil du temps en Traité de Lisbonne. Cela signifie que le nucléaire en Europe ne peut être discuté au Parlement européen parce que ce domaine échappe aux institutions…

Alors que la construction des EPR (dont on parle abondamment mais qui ne fonctionne encore nulle part) rencontre des problèmes techniques et financiers considérables, en France comme en Finlande, le Directeur adjoint de l’Energie et du Climat n’hésite pas à dire que ‘’la construction des EPR se passe notamment très bien en Chine.’’ Personne ne démentira… et pour cause. Quant au projet ITER, qui concerne cette fois la fusion (et non la fission) en cours de construction à Cadarache, il n’a jamais été discuté dans aucune instance y compris les instances d’évaluation scientifique. Projet purement politique destiné à réunir une série d’Etat après la guerre froide, son budget a explosé dès la phase du terrassement : initialement estimé à 6 milliards d’euros, le budget d’ITER a été doublé, atteignant ainsi 16 milliards d’euros, la direction du programme justifiant notamment cette augmentation par le fait que Cadarache se situe dans une zone sismique. Les budgets publics de recherche, européens comme français se serrent la ceinture pour ce projet ! Aucun kWh n’est en vue avant 2050 ! Pourtant, ce sont des solutions urgentes dont nous avons besoin.

 

Energies renouvelables : vers les 100% ?

Les tendances observées dans plusieurs pays, et notamment ceux qui ont renoncé au nucléaire, sont nettes : la part des énergies renouvelables s’accroit de façon très importante et une vision de 100% d’énergies renouvelables durant ce siècle est de l’ordre du possible (et sera de toute façon de l’ordre du nécessaire). Cela implique bien sûr qu’un horizon soit fixé pour donner à la société, aux entreprises, aux citoyens et à tous les maîtres d’ouvrage des signaux clairs et pérennes pour orienter leurs décisions vers des alternatives comme cela se passe dans plusieurs pays. Le nucléaire en France, avec les arguments ‘’prix’’ qui n’ont plus que quelques années à vivre, asphyxie toute alternative, au motif que ‘’comparés aux coûts de notre énergie nucléaire’’ rien ne serait efficient économiquement. Il y a 12 ans, le Parlement européen fixait un objectif de 15% d’énergies renouvelables pour 2020. Quelques années plus tard, ce fut 20% et l’Union européenne en a fait son objectif. Tout porte à croire que, au-delà des espérances, ces chiffres seront dépassés. Il ne s’agit donc pas de ‘’délires d’écologistes’’ mais de réalités que chacun peut constater.14.

Les installations éoliennes off-shore les plus récentes ont des puissances 200 à 630 MW (c’est-àdire 1/2 centrale nucléaire pour la plus importante en construction au Royaume-Uni) et le marché mondial s’envole comme le montre le graphique ci-dessous. La puissance installée était en 2009 de 157 000 MW, c’est-à-dire l’équivalent de plus 100 centrales nucléaires. On est donc loin de la marginalité. Et cela avec des solutions réversibles, sans atteintes aux écosystèmes, sans déchets ni risques radioactifs ! Bien sûr la disponibilité n’est pas de 100%, mais il y a encore 10 mois, 12 réacteurs français sur 57 étaient à l’arrêt !

‘’Le rêve de la production locale de toute l'énergie, notamment sous forme électrique, dont nous avons besoin (et même si nous limitons ces besoins) me semble bien garder son statut d'utopie’’’, écritFrançois Jardat. Qui aurait dit que TOUTE l’énergie électrique devait être produitelocalement, sans interconnexions électriques, etc. ? Personne à mon avis. Mais de là à considérer lespossibilités comme marginales, quand le Danemark produit localement 85% de son électricité(cogénération + éolien), c’est ne pas faire preuve de l’ouverture indispensable à l’invention desolutions nouvelles, à grande échelle, et non marginales. Vive l’utopie !

Le système énergétique futur reposera sur la recherche de solutions au plus près des citoyens et des problèmes à résoudre. Cela implique de mobiliser de façon systématique et intégrée les potentiels énergétiques à disposition localement, à savoir : 1) le potentiel d’efficacité et d’économie d’énergie des territoires; 2) les ressources énergétiques renouvelables (pour la chaleur comme pour l’électricité) décentralisées disponibles localement puis, 3) de façon concentrique, l’approvisionnement exogène complémentaire. Je nomme ce concept la ‘’subsidiarité énergétique’’. Il participe de la reresponsabilisation des territoires, des acteurs économiques et des citoyens vis-à-vis de leur approvisionnement énergétique. Il favorise la démocratie énergétique (au niveau local), impossible à réaliser tant dans les approvisionnements pétroliers et gaziers (au niveau global) ou nucléaire!

Conclusions

C’est l’évidence que deux systèmes (centralisés et décentralisés, mais imbriqués l’un avec l’autre) vont cohabiter pendant une période assez longue et que les besoins de l’industrie d’aluminium ne vont pas être satisfaits par des capteurs photovoltaïques. C’est le propre de toute transition de faire cohabiter l’ancien et le nouveau, et la transition énergétique prendra du temps. Raison de plus pour nous y engager au plus tôt. Ce doit devenir une stratégie européenne, et il y a de nombreux signes positifs en cette direction. Cependant, tant que l’illusion nucléaire demeurera, ce chemin restera bloqué en tant que stratégie, et seulement toléré à titre marginal. C’est pourquoi le signal politique de sa sortie doit être donné sans ambigüité. Il y a donc matière à de bons - et animés – débats. Des camarades ont lancé un site pour en Débattre :http://psnucleaire.org/psnucleaire.org/Accueil.html

Amendement Projet Présidentielles 2012 concernant le nucléaire

Dans ce contexte, je vous invite chaleureusement à consulter l'amendement du point 10 du Projet socialiste et l'argumentation jointe qui a été rédigé par le groupe de la coopol "sortir du nucléaire n'est pas une utopie".

Bonne lecture , éventuellement bonne discussion où vous pouvez.

 

Amendement Projet Présidentielles 2012 concernant le nucléaire

 

10 Pour sortir du nucléaire et pour réduire notre dépendance des énergies fossiles, nous développerons massivement les économies d’énergie dans tous les secteurs ainsi que les énergies renouvelables ; nous proposerons à nos partenaires la mise en place d’une communauté européenne des énergies.

 

Argumentation

Il y avait un avant Fukushima. Il y a maintenant un après Fukushima.

Il s’agit en premier lieu d’un problème d’éthique.

Nous n’avons pas le droit de continuer dans cette ligne de politique énergétique, il nous faut moralement sortir de cette problématique dès maintenant et pour ce faire, planter des jalons qui rendent cette sortie rapidement possible
Tchernobyl avait donné un sérieux avertissement. La multiplication des
incidents (Super Phenix, canicule 2003, Fessenheim, etc..) a confirmé la
réalité des risques. Fukushima confirme que le risque majeur et durable
existe et constitue une menace considérable, humainement inacceptable. Les
évidences sont là comme les "enfants de Tchernobyl" et l’augmentation des
maladies cancéreuses dans tous les pays touchés par le nuage de Tchernobyl,
il suffit d accepter de les voir et den tirer les conclusions. Il y a 25 ans,
la France n'a pas réagi a Tchernobyl et elle s'est maintenue dans sa vieille
option « tout nucléaire » qui augmente l’ampleur de la correction à
effectuer maintenant et dont l’évolution timide et tardive vers un " très
nucléaire" ne résout rien. La sortie du nucléaire dés que possible
s’impose après Fukushima comme un objectif majeur, comme un choix de
civilisation fondamental pour la vie et pour le progrès de l’humanité. Il
n'existe pas une seule raison valable pour que le PS tergiverse et ne formule
pas comme objectif prioritaire la sortie du nucléaire dès que possible (à
objectif 2035 ?). Se limiter comme proposé dans le projet sur lequel les
adhérents vont s'exprimer au scrutin du 19 Mai à une « sortie du tout
nucléaire », c’est enfoncer la France dans un maintien du nucléaire pour
trop longtemps encore et c’est aussi accessoirement sous-traiter la sortie
du nucléaire aux Verts. Le Conseil Mondial de l’Énergie évalue à 8 % la
part du nucléaire dans le bilan mondial en 2050. En France le nucléaire
représente aujourd’hui 75% de l'énergie électrique qui elle-même
représente 17% de l’énergie. En France le nucléaire c’est donc 12,75%
de l'énergie totale. 8 % en 2050 dans le monde ! 12,75% en France !
l’énergie nucléaire représente peu!

 Le nucléaire n’est donc pas une
solution ni au problème de l’effet de serre, ni à l’épuisement des
énergies fossiles. Le problème des déchets qui durent plusieurs dizaines,
centaines, voire dizaines de milliers d’années pour certains s’ajoute au
risque d’accidents et constitue aussi une menace humainement inacceptable.
La prolifération des matières radioactives constitue une autre menace
contre la paix et à la sécurité, la pénurie de ressources d’énergie
dans les pays riches conduisant à des tensions et des risques de guerre pour
le contrôle des ressources. Les stratégies énergétiques mondiales mènent
aussi à la marginalisation accrue des pays les plus pauvres. Le nucléaire
coute cher. Le parc nucléaire français qui ne peut pas suivre les
variations de consommations journalières et saisonnières est
surdimensionné et l’on a poussé à l’utilisation d’équipements
énergivores pour l’utiliser ! De plus même si le pris du KW Heure parait
compétitif, construction, démantèlement, retraitement des déchets, impact
sur la santé publique, cout des accidents s’ajoutent pour constituer un
cout total du nucléaire qui n’est pas évalué mais qui est considérable.
Le nucléaire ne garantit pas l’indépendance énergétique française. Les
centrales utilisent 100% d’uranium importé. Depuis le début, le choix du
nucléaire en France a été une décision technocratique centralisée
imposée sans aucun contrôle démocratique. Il est temps maintenant de
s’informer, de débattre et de décider démocratiquement. Le temps du
monopole de décision laissé au lobby technocratique est révolu. Les
centrales nucléaires de nouvelles génération ne règlent pas les problème
du nucléaire: ni la sécurité passive, ni le problème des déchets, ni
l’épuisement des ressources d’uranium, ni le gaspillage de la chaleur
générée. Quant aux technologies futuristes au premier rang desquels la
fusion nucléaire, elles n’ont toujours pas prouvé qu’elles pouvaient
tenir leur promesses de propreté, de sécurité, d’efficacité,
d’indépendance et de rentabilité, et bien des efforts de recherche et
développement considérables sont nécessaires avant qu’elles ne voient
éventuellement le jour d’ici un demi-siècle. Seule donc la production et
le stockage d’énergie à partir de toutes les formes d'énergies
renouvelables existantes ou proche de la maturité à court terme (solaire,
éolien notamment off- shore, hydraulique, énergies de la mer, géothermie,
bois et biomasse) associés à une augmentation de l’efficacité et de la
sobriété énergétique permettront de sortir d’abord du nucléaire puis
peu à peu des énergies fossiles. Car il s’agit bien en priorité de
résoudre le problème des 12,75% de nucléaire c'est-à-dire de sortir
définitivement du nucléaire dès que possible, pour s’attaquer ensuite au
problème beaucoup plus considérables des énergies fossiles et de l’effet
de serre au niveau global. En France, laisser croire qu’il faut 30 ou 40
ans voire plus pour sortir complètement du nucléaire c'est faire le jeu du
lobby nucléaire, en les laissant construire encore de nouvelles centrales
qui vont durer 30 ou 40 ans de plus. Dans nos négociations avec nos
partenaire EELV, Front de gauche etc.. le PS doit être en pointe et sans
concessions sur la sortie du nucléaire. Si nous ne prenons pas garde, il
risque de nous arriver la même chose qu'aux sociaux démocrates allemands.
D'après le sondage du Dimanche 17 Avril (die Kanzlerfrage), si il y avait eu
des législatives, les verts et le SPD auraient gagné, mais les Verts
auraient dépassé le SPD, et le ou la chancelière serait un ou une Verte.
Depuis Fukushima la situation a changé, le risque majeur est confirmé, la
sortie du nucléaire s’impose comme un choix de civilisation, la population
est de mieux en mieux informée et de plus en plus méfiante vis à vis du
nucléaire. Il est encore temps pour le PS de ne pas l'ignorer, de ne plus
trainer les pied et de prendre le leadership dans ce domaine. En ce sens
l’actualité de Fukushima offre à la France et au PS l’opportunité de
prendre le leadership politique en proposant la sortie du nucléaire comme un
stratégie de civilisation et de proposer des solutions de croissance
économique et d’emploi qui ont du sens dans le long terme. La sortie en
sécurité du nucléaire, le développements des énergies renouvelables,
l’amélioration de l’efficacité et de la sobriété énergétique
offrent a la France l’opportunité de relancer l’économie et l’emploi
sur la base de développements durables, utiles, à fort contenu
technologique, bien adaptés à l’exportation. En 10 ans l’Allemagne a
créé 340 000 emplois grâce aux alternatives énergétiques. La France
aussi doit le faire, la France peut le faire et c’est au PS de le prendre
en charge. C’est dans ce contexte que des camarades du groupe sur la
Coopol, « La sortie du nucléaire n’est pas une utopie » font une
proposition de sortie du nucléaire pour le projet socialiste avec la ferme
volonté qu’il en soit tenu compte dans la version qui servira à la
campagne pour les Présidentielles