La motion B : une planète d'avance, pour tourner la page du libéralisme sauvage
13 octobre 2008
Nom et Prenom:
Philippe PLISSON, député de la Gironde
monpolecologique.fr : Alors que nos leaders nationaux ont déposé des motions, pourquoi t’es tu lancé dans cette aventure ?
Philippe Plisson : En fait, je suis au PS depuis 31 ans. J’y suis entré avec des convictions fortes et la volonté affirmée de changer ce monde injuste. Aujourd’hui, 31 ans après, alors que mon Parti a été au pouvoir pendant 20 ans, ce monde est encore plus injuste.
Tu as donc la prétention de changer l’ordre des choses ?
Pas du tout. Simplement depuis 31 ans, j’ai signé sans les lire des motions parce que mon leader et ami départemental les signait, lui-même sans les lire parce qu’elles émanaient de son ami national ! Or moi, je suis entré en politique avec une conviction socialiste forte en opposition au capitalisme dominant. Je me suis battu de toutes mes forces avec d’autres pour le triomphe de 81 qui a été un des plus beaux jours de ma vie et j’ai vécu intensément ces deux premières années de pouvoir où François Mitterrand a mis en œuvre 97 des 110 propositions qu’il avait affichées. Et puis, en 83, nous avons signé la reddition sans conditions au libéralisme qui triomphait sans partage dans le monde et nous nous sommes agenouillés devant les principes capitalistes et la règle du marché.
Comment as-tu vécu personnellement cette capitulation ?
Très mal. J’ai failli quitter le Parti, j’ai démissionné de mon poste de Secrétaire de section et je suis parti tailler ma vigne. Mais bon, c’était une mauvaise solution et j’ai repris le collier la tête basse : le plus difficile à avaler, c’est la première couleuvre, ensuite, on s’habitue !
Et aujourd’hui ? Avec la crise financière, tous les socialistes, à l’unisson de la droite, reconnaissent les vertus d’un Etat régulateur, c’est bien le moins ! Tandis que sous les ravages dévastateurs du tsunami financier des pans entiers de notre économie s’écroulent, les icebergs du Pôle Nord continuent inlassablement de se déliter sous l'effet du réchauffement climatique. Mêmes causes pour les mêmes effets : le libéralisme sauvage.
Et les motions dans tout ça ?
Justement, c’est très symptomatique de l’état d’esprit de nos responsables. Toutes les grosses motions écrites avant la crise font la révérence au libéralisme avec plus ou moins de pansements sociaux sur les plaies qu’il engendre. Il n’y a que deux motions qui prônent la rupture, celle de Benoît Hamon et celle du Pôle écologique que j’ai le bonheur de défendre après avoir participé à sa rédaction.
Quelle est la différence entre ces deux textes ?
La différence fondamentale c’est l’allégeance au productivisme et à la croissance censée apporter le progrès. Cette théorie a failli, la croissance effrénée n’a profité qu’à une infime minorité, en épuisant les ressources de la planète.
Que préconises-tu ?
Lis ma motion. Nous sommes dans un monde qui a des ressources limitées donc épuisables et en fait épuisées. Il est venu le temps des économies, il faut donc changer de logiciel. Le système libéral basé sur la religion du profit s’appuie sur un principe : le gaspillage ! Il faut produire pour consommer, consommer pour produire, promouvoir le superflu au détriment de l’essentiel, épuiser les ressources dans la course à l’inutile, multiplier les emballages et les déchets qui nous ensevelissent et accroitre les pollutions qui nous asphyxient et nous empoisonnent, tout cela au bénéfice exclusif d’une poignée de nantis dont l’immoralité est aujourd’hui responsable du crack économique mondial. Quel gâchis ! Ce libéralisme devenu fou doit être refondu en profondeur, il faut imposer à cette anarchie économique et écologique le retour de l’Etat vers qui tout le monde se tourne quand ça va mal et à qui doit dorénavant incomber la nécessaire régulation et l’indispensable contrôle des organes du marché.
C’est avec cette ambition exemplaire que nous devons engager les débats du congrès de Reims, en nous élevant à la hauteur des angoisses des citoyens et en posant les bases et les principes d’un monde nouveau, d’un monde meilleur, construit sur un mode de développement vertueux qui conjugue moralité économique, justice sociale, humanité et sauvegarde de la planète. J’espère sincèrement que le Parti Socialiste saura mettre entre parenthèses ses stupides querelles de personnes pour être à la hauteur de ce défi de l’histoire.


La rupture ? dit-il
Cher camarade,
Nouveau signataire de ta motion, je me permets de te préciser que la motion Utopia prône également avec force la rupture avec le modèle économique actuel et va jusqu'à proposer un alter développement.
Mais, n'est-ce pas, ce sont de doux rêveurs avec lesquels il n'est pas possible de s'associer pour former une majorité au sein du PS alors que Benoit Hamon est tellement clair et transparent sur la question du nucléaire...
Le temps des trahisons de nos idéaux pour quelques places chaudes est terminé
Jean
Pour vivre dans le même
Pour vivre dans le même département, je connais l'action inlassable de Philippe PLISSON pour animer l'agenda 21 départemental de la Gironde qui est très concret et exemplaire.C'est un travail novateur et fédérateur qu'apprécient beaucoup de gens, qui a étonné les obervateurs dans un département où le PS est identifié aux projets de construction autoroutières (cf grand contournement de Bordeaux ou A 65).Le grand mérite de tout ce travail d'acculturation à la logique du développement durable c'est qu'on commence à réfléchir en Gironde aux conséquences et aux diverses alternatives.Peut-être fera t-on tel ou tel équipement mais ce sera en connaissance de cause et en essayant de concilier les différents aspects du problème.Au-delà du discours cosmétique sur le développement durable de certains de nos élus, c'est ici un travail de fond qui commence à faire changer les mentalités et les pratiques : changer positivement les choses, c'est cela l'honneur du politique et cela me suffit comme ambition pour le PS de demain. C'est mieux que de se ranger en rang d'oignon derrière un leader coopté par un cénacle d'éléphants qu'ils soient nationaux ou locaux.A noter que je n'ai rien contre nos responsables, ce que je leur demande c'est de ne plus empêcher le débat d'idées et de ne plus vouloir choisir à notre place : à faire cela c'est la vitalité de notre parti et de nos idées qui s'en trouvent altérées.Qu'ils ouvrent les portes et les fenêtres et laisse s'exprimer les militants, les adhérents et la foule des sympathisants qui ne nous rejoindra que lorsque nous serons décidés à passer du parti de notable à un vrai parti populaire mélant jeunes et anciens, bobos et milieux modestes.Ce serait le développement durable du parti...