La voiture électrique en question : une note de Michel Mousel

  Au dernier salon de l’automobile, le président de la République a annoncé un plan « véhicule décarboné ». Le coordinateur général en est Jean-Louis Legrand. Le nom choisi pour ce plan automobile résume à lui seul une bonne part des ambiguïtés qui accompagnent toujours la question du véhicule électrique. Il est impossible d’écrire : "véhicule décarboné = véhicule électrique". Une telle simplification, je le dis depuis longtemps, provoque des réactions d'hostilité inévitablement fondées sur la conviction qu'il y a là une imposture.

 La chaîne de traction électrique est intéressante à plus d’un titre. Pour simplifier
a) elle possède un grand nombre d'avantages pour la propulsion d'un véhicule, y compris du point de vue de l'efficacité énergétique ;
b) elle constitue une des utilisations les plus efficaces de l'électricité ;
c) elle regroupe la quasi-totalité des alternatives à la propulsion par moteur thermique, et propose même des améliorations au rendement du moteur thermique.
 Peu utilisée pour la motorisation individuelle, non industrialisée, la chaîne de traction électrique est porteuse de potentialités importantes de progrès technique. C'est pourquoi il était (est) intéressant d'en soutenir les applications. Pourtant, les pouvoirs publics et tous les opérateurs engagés dans le projet présenté, malgré leurs dénégations, se sont refusés à faire appel à cette technique à chaque stade de la crise énergétique (quand ils n'ont pas fait obstacle à la recherche).

 Mais la chaîne de traction électrique présente un point faible : la mise à disposition de l'électricité.
 Bien sûr, on pense tout de suite
- à la question de l'autonomie des batteries, qui fait toujours couler beaucoup d'encre, pour des progrès jusqu'à présent très faibles (et donc certainement perfectibles...)
- aux postes de recharge, qui semblent être le point central du nouveau projet.
 Cependant, la vraie difficulté se situe en amont de la chaîne de traction : avec quoi produit-on l'électricité ? Et où ?

 Seule l'analyse du cycle de production permet de répondre à la question. Il faut en effet calculer le bilan des externalités intégrées au stade de la traction et à celui de l'alimentation. Ce bilan est-il favorable du point de vue de l'effet de serre et des autres impacts environnementaux ?

 Cette question fait partie intégrante de la recherche scientifique et technologique. Elle ne doit pas intervenir après qu'on aura décidé de couvrir le réseau routier de postes de recharge tous les hectomètres.

 À lire sur la question. Benjamin Dessus, « La fée électricité sous le capot ? » dans Global Chance n° 26, janvier 2009