Les nouvelles technologies de l’information et de la communication, usage politique

 La loi Création et internet vient d’être adoptée par l’Assemblée nationale. La loi prévoit, après une phase de mesures graduées, une suspension de l’abonnement, de deux mois à un an, prononcée par la Haute Autorité de protection des droits sur Internet (Hadopi). Le texte doit faire l’objet d’une rédaction commune Assemblée-Sénat dans le cadre d’une commission mixte paritaire, l’adoption du texte définitif étant prévue le 9 avril prochain.
 Le Pôle écologique a officiellement pris position contre la loi Hadopi. Son positionnement en faveur des technologies d’information et d’information a été défini dans la contribution puis dans la motion élaborées l’an dernier.
 Pour autant, les membres du Pôle sont conscients que plusieurs points concernant ces nouvelles technologies nécessitent d’être précisés. Cette clarification, qui concerne les usages des TIC, devrait être au fondement de nos propositions politiques.

1. Informations, réseaux, nouvelles productions
 Les TIC ont été conçues et développées pour accroître la productivité et la rationalisation ainsi que pour renforcer les structures pyramidales au sein des entreprises et des administrations. Mais l’usage qui en a été fait a renversé le schéma initial : si la rationalisation reste un élément essentiel, qui doit être mis au service de préoccupations socio-éco-environnementales (gestion des ressources, des flux, de la production énergétique, afin d’éviter le gaspillage et la production excessive de carbone), les TIC ont permis l’émergence d’une société collaborative.
 Ces technologies permettent en effet la production commune, par des individus qui n’auraient jamais eu l’occasion d’entrer en contact sans internet, de savoirs (Wikipédia), de logiciels, de services (enseignement en ligne dans les pays en développement),  qui peuvent être marchands ou non-marchands (logiciels libres, libres encyclopédies, mise à disposition de pratiques pédagogiques…). Les TIC permettent par conséquent de multiplier les biens communs.
 Ce nouvel usage collaboratif permet de démultiplier les pouvoirs d’action des individus, grâce aux réseaux sociaux notamment. La campagne de B. Obama, fondée sur une articulation entre réseaux sociaux sur internet et réseaux sociaux « physiques » en local, l’illustre particulièrement bien. En France, le Pôle a également tenté l’expérience, avec la création de monpoleecologique.fr. À l’échelle européenne, Europe Ecologie a également fondé son réseau social. À ce titre, les TIC permettent de lutter contre l’isolement et l’exclusion et favorisent une réflexion/action politique sur de vastes territoires (il serait bon de réfléchir à un usage européen par la constitution de groupes transnationaux).
 Mais la fracture numérique devient alors facteur d’exclusion, pour ceux qui n’auraient pas accès à ces technologies, ou qui choisiraient délibérément de s’en retirer. D’où la nécessité de mettre les TIC à la disposition de tous, afin que chacun fasse son propre choix, et sans que cela implique une mise au ban de la société.

2. Aspects techniques
 Les TIC nécessitent des supports technologiques complexes, utilisant des métaux rares et parfois polluants. La question se pose donc des ressources et des déchets.
 Jusqu’à présent, la chaîne de production du matériel informatique a été totalement déconnectée de l’environnement : on y prend les ressources, on y rejette les déchets. Un tel système a généré la mise en place de recyclage « sauvage », dans les pays en développement, pris en charge par des organisations illégales qui tirent profit de la récupération des métaux rares mais ne s’occupent pas des pollutions induites. Faut-il pour cette raison rejeter les TIC ? Ce serait prendre le problème à l’envers. Il est aujourd’hui nécessaire de penser écologiquement et économiquement le cycle de production du matériel informatique, par la création de filières de recyclage permettant d’économiser les ressources et de gérer les déchets, tout en limitant les activités illégales (source d’insécurité, car financement de réseaux mafieux). Ces filières de recyclage permettraient des créations d’emploi, aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement.

3. La production électrique
 L’utilisation croissante des TIC implique bien entendu une utilisation croissante d’électricité. Mais les gains de productivité induits par les progrès techniques (microprocesseurs plus performants qui permettent aux machines de fonctionner plus rapidement, écrans plus économes…) réduisent les besoins d’électricité par machine. La recherche en ces domaines doit continuer, elle est productrice d’emplois.
 La communication de la CEE sur les TIC, qui s’appuie sur le rapport Smart 2020 (GeSI et Climate group), évoque l’augmentation de la consommation d’électricité par les TIC (de 2% des émissions de CO2 aujourd’hui à 3% en 2020), mais aussi leur rôle dans l’amélioration énergétique d’autres secteurs : une économie de près de 15% des émissions CO2 d’ici 2020, soit près de 8 milliards de tonnes (économie estimée pour les transports : 27%). Par conséquent, pour atténuer le poids environnemental des TIC induit par leur consommation, la Commission préconise de développer leur usage à des fins de rationalisation d’autres dépenses énergétiques (compteurs intelligents…). Une autre orientation paraît difficilement soutenable.

 Le Pôle, conscient des politiques à mener pour diminuer  les externalités négatives liées à l’usage des TIC, a fondé sa position sur les améliorations sociales, économiques et écologiques permises par ces technologies. Les propositions qu’il fera auprès de la direction du PS devront tenir compte de la médaille comme de son revers.