Climat et science: quel débat?
Le texte ci-joint est le fruit des réflexions d'un groupe de travail du pôle écologique du PS animé par Michel Sourrouille
Une inquiétude est née de l’observation du réchauffement climatique. Pourtant, ce n’est que dans les années 1970 que la relation théorique entre teneur de l’atmosphère en CO2 et augmentation des températures est corrélée. L’inquiétude grandit quand les carottages de glace en Antarctique révèlent, en 1985, que CO2 et réchauffement ont été liés dans le passé de la Terre.../... La politisation du débat se fait alors très rapidement : une conférence réunit en octobre 1985 à Villach (Autriche) des scientifiques et des fonctionnaires internationaux. Cela débouche sur la création du GIEC en 1988. Son premier rapport est publié en 1990 et conduit à l’adoption, en 1992, de la Convention sur le changement climatique. Tout cela se transforme en processus impliquant tous les Etats au sein d’une négociation internationale qui commence à peser sur les débats politiques nationaux. Les Etats sont amenés à adopter le protocole de Kyoto en 1997.
Traditionnellement les politiques et les industriels imposent aux sciences appliquées leurs désirs de puissance ou de profit. Pour la première fois le GIEC (groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) a mis les politiques et les industriels à l’écoute des scientifiques. Une interaction féconde unit de plus en plus solidement communauté scientifique et gouvernements. Les groupes de travail tiennent compte des compétences, mais aussi de l’équilibre géographique pour que les pays en développement soient aussi bien représentés que les pays riches.
I entre science et climat, il n’y a pas débat
11) le point de vue de Claude allègre
Il n’y a pas fondamentalement de débat sur l’existence d’un changement climatique. Prenons par exemple le point de vue de Claude Allègre qui met toujours en scène une posture anti-« secte verte » alors que son message essentiel ressemble à celui des autres scientifiques :
« Je ne défends pas l’idée que la croissance du CO2 dans l’atmosphère terrestre est une bonne chose ou même une choses négligeable pour l’humanité. Je crois que l’acidification de l’océan qu’elle provoque, voire son rôle additif dans le changement climatique sont des phénomènes nuisibles. » (p.90)
« Que devons-nous faire, face au changement climatique ? C’est là la véritable question. En fait il existe trois types de réponses :
Réduire massivement et immédiatement les dégagements de CO2.
Contrôler la température du globe, en agissant à l’échelle globale, c’est la géo-ingénierie.
S’adapter au changement climatique sans modifier brutalement nos modes de production.
Je me situe pour ma part dans une quatrième option qui est une combinaison des scénarios 3 et 1. S’adapter, tout en réduisant progressivement les émissions de CO2. » (p.124)
« Là où je me distingue de la solution purement adaptative, c’est que je crois que nous devons prendre des mesures efficaces pour réduire les émissions de CO2 (et économiser le pétrole). » (p.128)
(Ma vérité sur la planète de Claude Allègre, Plon 2007)
12) les études officielles
Les 2500 scientifiques du GIEC ou IPCC (groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) ont simulé qu’en 2100 la planète sera plus chaude, le niveau des mers aura augmenté et les phénomènes météorologiques extrêmes seront plus fréquents. Ce rapport a été discuté à Paris fin janvier 2007. Le constat de la responsabilité des activités humaines dans le réchauffement climatique a donc été politiquement approuvé à Paris en février 2007. Sur le fond, tout le monde est d’accord : la température moyenne du globe devrait s’élever de 2 à 4,5 degrés, avec une valeur probable de 3° d’ici à 2100. La fourchette est plus resserrée que celle de 2001 (entre 1,4°C et 5,8°), mais la sensibilité climatique, c’est-à-dire la hausse de température pour une augmentation donnée de la concentration dans l’atmosphère de gaz à effet de serre, a été revue à la hausse. Cela signifie qu’on a une probabilité plus importante de se retrouver en 2100 dans le haut de la fourchette, y compris peut-être dépasser 4,5° en moyenne.
Une autre étude confirme cette analyse (Le Monde du 29 décembre 2006). Le premier rapport officiel chinois consacré au réchauffement climatique a été rendu public. Reprenant à leur compte les conclusions du GIEC, les scientifiques chinois estiment que la hausse de température en Chine pourrait atteindre 3,3 °C d’ici à 2050. Le pays subirait alors des pénuries d’eau et des phénomènes climatiques extrêmes plus fréquents. L’étude redoute la remise en cause des capacités de la nation chinoise à poursuivre son développement.
Une étude publiée le 22 octobre 2007 par l’Académie des sciences américaines indique que la teneur en dioxyde de carbone dans l’atmosphère a augmenté plus rapidement que prévue. Depuis 2000, le taux de CO2 a augmenté de 35 %, un résultat dû pour moitié à un fort usage des combustibles fossiles et, pour l’autre moitié, à un déclin de la capacité d’absorption du CO2 par les forêts et les océans.
II des lobbies opposés aux résultats scientifiques
Prenons l’exemple de l’année 2005. Sous l’impulsion de la MIES (mission interministérielle à l’effet de serre) et dans le cadre du GIEC (groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat), la communauté scientifique française convergeait pour prévoir un réchauffement moyen de la planète compris entre 1,5 et 4° d’ici 2100. Plus grave, il restera encore 20 % du CO2 dans l’atmosphère en l’an 3000 par rapport à ce qui a été émis en l’an 2000, et ce même si on s’était arrêté immédiatement à ce niveau d’émission.
Mais la même année, on apprenait que le chef du conseil de la Maison Blanche avait modifié substantiellement, pour en amoindrir la portée, des rapports officiels décrivant les recherches scientifiques sur le changement climatique. Il faut dire que ce manipulateur travaillait précédemment pour l’American Petroleum Institute, un lobby pétrolier qui avait entraîné Bush à sortir du protocole de Kyoto sous le fallacieux prétexte que les sciences du climat étaient si incertaines que l’impact de l’activité humaine sur l’effet de serre serait contestable. Lee Raymond, PDG d’Exxon Mobil, s’exprime ainsi : « Les énergies renouvelables sont un gâchis total d’investissement » et le réchauffement climatique « une notion non scientifique propagée par des chercheurs en mal de budgets ». Paul Krugman, chroniqueur du New York Times, traite ExxonMobil d’« ennemi de la planète ». Robert Kennedy junior, avocat du Conseil de défense des ressources naturelles, évoque une « guerre contre la science ».
La comparaison de ces deux informations montrent qu’avec la non ratification par les Etats-unis du protocole de Kyoto, les données scientifiques de l’origine anthropique très probable du réchauffement climatique se confrontaient à une tendance climato-sceptique (on dit aussi négateurs ou négationnistes du climat) organisée par les lobbies de l’énergie. Il n’empêche qu’avant le sommet du G8 en 2005, George Bush pouvait dire : « Je reconnais que la surface de la Terre est plus chaude et que l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre provoquée par l’activité humaine contribue au problème ». On peut conclure avec James Woolsey, ancien directeur de la CIA : « La coalition des défenseurs de la nature, d’hommes politiques de bonne volonté et de faucons de la sécurité nationale peut mettre fin à la toute puissance du pétrole ». En effet la dépendance des USA vis à vis de l’étranger, pour 65 % du pétrole et 15 % du gaz consommés, impliquera nécessairement un changement idéologique de registre
III la complexité des phénomènes climatiques
Les climatologues parlent des gaz à effet de serre, dont le dioxyde de carbone n'est que le plus important, mais n'ignorent ni le méthane, ni les oxydes d'azote, ni les CFC, et quelques autres, ni surtout la vapeur d'eau, dont le rôle d'amplification de l'effet de serre additionnel est fondamental. Ils soulignent simplement que le long temps de résidence dans l'atmosphère du dioxyde de carbone, de l'ordre du siècle, en fait le problème numéro un. Si l'effet de serre est un phénomène naturel et vital à la vie sur Terre, c'est son amplification qui est inquiétante. Voici deux exemples, décrits déjà en 2005, de la complexité des mécanismes mis en œuvre :
- La combustion massive de charbon, de pétrole et de gaz depuis la révolution industrielle a très probablement réchauffé l'atmosphère en émettant du CO2, mais elle a aussi contribué à limiter ce réchauffement en émettant de grandes quantités de particules et surtout de dioxyde de soufre. Ce dernier, une fois transformé dans l'atmosphère en aérosols sulfatés, réfléchit les rayons du soleil comme un parasol et influence la formation des nuages, qui agissent aussi sur la température de la Terre. Ce phénomène bien connu a masqué jusqu'à présent une partie du réchauffement dû aux gaz à effet de serre, mais il s'estompera probablement au fur et à mesure que les politiques de lutte contre la pollution locale réduiront les émissions de SO2 un peu partout dans le monde. Or, les aérosols sulfatés ne restent que quelques jours dans l'atmosphère tandis que le CO2 y reste plus de cent ans.
- Les activités humaines engendrent au Royaume-Uni l’émission d’environ 150 millions de tonnes équivalent-carbone. En outre, le réchauffement climatique entraîne dans certains écosystèmes des réponses qui conduisent directement à son aggravation : des mécanismes de minéralisation transforment en effet le carbone organique stocké dans les sols en CO2, particulièrement quand ils sont tourbeux et sous des conditions climatiques de froid et d’humidité. Ainsi le dioxyde de carbone relâché par les sols d’Angleterre et du Pays de Galles entre 1978 et 2003 s’est libéré dans l’atmosphère à concurrence de 13 millions de tonnes. Ces pertes correspondent à la totalité des réductions d’émission de CO2 réalisées par le Royaume-Uni entre 1990 et 2002 et n’ont pourtant pas été envisagées par le protocole de Kyoto. De même la couverture végétale des régions arctiques (toundra) augmente avec la synthèse d’une nouvelle biomasse entraînée par le réchauffement. La croissance des arbustes modifie alors l’enneigement hivernal et ces régions réfléchissent moins la lumière du soleil et absorbent plus d’énergie. Cet excès est susceptible de libérer une part du carbone stocké dans les sols.
IV le risque d’emballement climatique
L’activisme de la société thermo-industrielle risque de n’être qu’un facteur déclenchant de l’emballement des températures. En effet la combustion des énergies fossiles dégage des gaz à effet de serre, mais la Nature risque d’accélérer en retour le processus : un mécanisme de rétroaction positive se produit lorsqu’un écosystème réagit à l’augmentation des températures en aggravant le phénomène perturbateur. Par exemple, comme l’eau absorbe beaucoup plus le rayonnement solaire qu’un glacier qui réfléchit la lumière, la fonte des banquises va réchauffer l’atmosphère ! Prenons deux exemples de rétroaction positive :
- La croissance du taux de CO2 provoque une acidification des mers. L’acidification conduit à la réduction de la capacité océanique à absorber le CO2 d’origine anthropique. Or cet effet tampon est loin d’être négligeable car les eaux de surface absorbent plus du tiers des rejets de gaz carbonique engendrés par la combustion des ressources fossiles. Plus l’océan est acide à cause de l’activité humaine, moins il est capable d’éponger les excès de cette activité. Un raisonnement similaire peut se faire sur les sols qui auront tendance, sous l’effet de l’assèchement, à relâcher du carbone au lieu d’en absorber. On avait longtemps pensé que le pouvoir tampon de l’océan était tel que son pH ne changerait pas de manière importante, les premiers travaux scientifiques sur ce sujet n’ont débuté qu’en 1998. L’Europe a inscrit l’acidification des océans comme thème de recherche à part entière dans son 7e programme-cadre de recherche et développement.
- Le permafrost, ce sol perpétuellement gelé des régions arctiques, recouvre une surface de plus de 10 millions de km2 : ce territoire grand comme l’Europe est aujourd’hui menacé par le réchauffement climatique. Constitué en Alaska de terres, de déchets végétaux et de glace, il a fondu en vingt ans sur une épaisseur de 2 mètres. Dans le pire des cas, le permafrost pourrait ne plus occuper que 1 million de km2 en 2100, une division par 10. Comme le permafrost contiendrait, selon les estimations, au moins 30 % de tout le carbone stocké dans le sol de la planète, la fonte pourrait à son tour accélérer le réchauffement climatique. Si le permafrost se décompose moins vite qu’on ne le pense, il y aurait quand même émission de méthane qui est un gaz à effet de serre encore plus puissant que le CO2.
Les travaux du GIEC sauf erreurs ponctuelles, ne peuvent être contestés : il y a réchauffement climatique. La responsabilité en incomberait principalement aussi activités humaines qui provoquent la combustion des énergies fossiles.
V Les solutions
Il y a des solutions techno-scientifiques. Remarquons que même Claude Allègre rejette l’option géo-ingénierie : « Ces propositions sont à classer avec celle de l’homme démiurge. L’homme est assez puissant pour menacer les équilibres naturels, donc l’homme est assez puissant pour les contrôler ! Aujourd’hui, heureusement, personne ne semble décider à jouer les apprentis sorciers. » (Ma vérité sur la planète p.126). Par contre il pense que la séquestration du gaz carbonique (p.139) serait prioritaire. Mais la séquestration du CO2 n’est praticable que là où sa production est la plus concentrée, les centrales thermiques (40 % des émissions mondiales de CO2), mais aussi les cimenteries, les raffineries ou les unités sidérurgiques. Les procédés envisagés ont un coût estimé de 50 à 70 euros la tonne, soit deux ou trois fois plus élevé que le prix auquel s’échange le carbone sur la bourse des « droits à polluer ». En effet la capture dans les fumées de combustion est fortement énergivorace. De plus il faut des pipelines pour envoyer au loin ce CO2 dans des réservoirs géologiques, des aquifères salins profonds ou des gisements de gaz ou de pétrole en fin d’exploitation. Or l’étanchéité des sites pour une durée de 50 à 100 ans est loin d’être assurée et nécessite des travaux de vérification considérables. Cette solution ne peut donc être que marginale.
La solution est donc principalement socio-politique. Il faut diminuer les émissions de gaz à effet de serre. C’est ce que tente actuellement les négociations internationales, pour le moment en vain (protocole de Kyoto, conférence de Copenhague). Il faudrait aussi d’urgence sensibiliser les populations (taxe carbone, carte carbone, etc.) au niveau national et européen.
VI annexe : Résumé à l’intention des décideurs
Il s’agit ici d’un résumé du Résumé à l’intention des décideurs * élaboré par le GIEC en 2007 (4ème rapport)
1) Les concentrations atmosphériques mondiales de dioxyde de carbone, de méthane et d’oxyde nitreux ont fortement augmenté en conséquence des activités humaines entreprises depuis 1750, et dépassent aujourd’hui largement les valeurs préindustrielles déterminées à partir des carottes de glace couvrant plusieurs milliers d’années. L’augmentation mondiale de la concentration en dioxyde de carbone est essentiellement due à l’utilisation des combustibles fossiles et aux changements d’affectation des terres, tandis que la concentration accrue de méthane et d’oxyde nitreux est essentiellement due à l’agriculture.
2) Le réchauffement du système climatique est sans équivoque, car il ressort désormais des observations de l’augmentation des températures moyennes mondiales de l’atmosphère et de l’océan, de la fonte généralisée des neiges et des glaces, et de l’élévation du niveau moyen mondial de la mer.
3) A l’échelle des continents, des régions et des bassins océaniques, de nombreux changements climatiques à long terme ont été observés. Ils incluent des changements des températures et des glaces arctiques, des changements largement répandus dans les volumes de précipitations, la salinité de l’océan, les structures des vents et des aspects de phénomènes climatiques extrêmes, tels que les sécheresses, les fortes précipitations, les vagues de chaleur et l’intensité des cyclones tropicaux.
4) Les informations paléoclimatiques confirment l’interprétation selon laquelle le réchauffement du demi-siècle passé est atypique par rapport aux 1 300 dernières années minimum. La dernière fois que les régions polaires ont été significativement plus chaudes qu’aujourd’hui (il y a environ 125 000 ans), la réduction du volume des glaces polaires a entraîné une élévation du niveau des mers de 4 à 6 mètres.
5) L’essentiel de l’accroissement observé sur la température moyenne globale depuis le milieu du XXe siècle est très probablement dû à l’augmentation observée des concentrations des gaz à effet de serre anthropiques. (précisions du PEPS : Autrement dit il y a 90 % de chance que ce réchauffement climatique soit secondairement (jusqu’à 49 %) d’origines autres. Cette lecture est une autre façon de comprendre les nuances scientifiques !) Ceci représente un progrès par rapport à la conclusion du troisième Rapport d’évaluation qui indiquait que « l’essentiel du réchauffement observé au cours des 50 dernières années était probablement dû à l’accroissement de la concentration en gaz à effet de serre ». L’influence humaine est maintenant perceptible dans d’autres aspects du climat, tels que le réchauffement des océans, les températures continentales moyennes, les températures extrêmes et la structure des vents.
6) Pour les deux décennies à venir, un réchauffement d’environ 0,2°C par décennie est simulé pour une série de scénarios. Même dans l’éventualité où les concentrations de tous les gaz à effet de serre et des aérosols restaient constantes par rapport au niveau de l’année 2000, on doit s’attendre à un réchauffement d’environ 0,1°C par décennie.
7) La poursuite des émissions de gaz à effet de serre au rythme actuel ou à un rythme supérieur provoquerait un réchauffement supplémentaire et entraînerait de nombreuses modifications du système climatique mondial au cours du XXIe siècle qui seraient très probablement plus importantes que celles observées au cours du XXe siècle.
8) Le réchauffement et l’élévation du niveau de la mer dus à l’homme continueraient pendant des siècles en raison des échelles temporelles associées aux processus climatiques et aux rétroactions, même si les concentrations des gaz à effet de serre étaient stabilisées.
* : cette contribution du Groupe I de travail pour le quatrième Rapport d’évaluation du GIEC décrit les progrès accomplis dans la compréhension des causes humaines et naturelles des changements climatiques.
Argumentaire CLIMAT
La crise est systémique. Elle est financière, sociale et écologique. Elle touche à la fois l’air, l’eau et la terre. L’utilisation du feu (la civilisation thermo-industrielle) a depuis deux siècle déséquilibrés l’ensemble des fondamentaux. Devant cette crise systémique, il ne peut y avoir qu’une action systémique. La lutte contre le réchauffement climatique est liée à tous les autres changements nécessaires dans le mode de vie à l’occidentale..../...
Le consensus se fait sur les conséquences dramatiques des émissions de gaz à effet de serre (GES) d’origine anthropique. Mais il existe encore aujourd’hui un blocage socio-politique qui empêche de résoudre le problème. C’est pourquoi il faut être incisif dans nos propos et déterminé dans nos actions.
La synthèse est illustré par des documents mis en annexe qui conservent la même nomenclature que la synthèse. A chacun de compléter avec ses propres sources.
1) les causes du réchauffement climatique
11) le constat écologique des scientifiques : le lien entre température et gaz à effet de serre
- Le glaciologue Claude Lorius devenait en novembre 2008 le premier récipiendaire français du Blue Planet Prize, qui distingue chaque année une personnalité ayant œuvré pour la préservation de l’environnement. En 1965, il dirige l’hivernage à la base côtière de terre Adélie, où il faut réaliser un carottage d’une centaine de mètres. Il commence alors à s’intéresser aux bulles d’aire contenues dans la glace : « C’est en regardant un glaçon fondre dans un verre de whisky que j’ai eu l’intuition que les bulles conservaient des indianistes sur l’altitude de la formation de la glace. Et qu’elles représentaient des témoins fiables et uniques de la composition de l’air du passé. » En 1987, cette intuition se matérialise dans un article fondateur publié par le revue Nature. En étudiant les petites bulles emprisonnées dans les carottes de glace, il parvient, avec Dominique Raynaud et Jean Jouzel, à reconstituer l’histoire récente du climat de la Terre. Ce que les trois hommes mettent en évidence est rien de moins que la première preuve expérimentale du lien étroit entre CO2 atmosphérique et température. (bilan planète 2009 du Monde p.93)
- En 2009, deux articles publiés dans Nature et Science anticipent un léger refroidissement dans les dix années qui s’ouvrent. Cela ne signifie en rien que le réchauffement se serait arrêté, mais qu’il serait momentanément masqué par des fluctuations naturelles du système climatique. A l’inverse, d’autres travaux, publiés en août dans GRL indiquent une poursuite de la hausse. (bilan planète 2009 du Monde p.20)
- C'est le pire scénario jamais imaginé. Le réchauffement climatique pourrait atteindre sept degrés en 2100 selon une synthèse des travaux scientifiques sur le changement climatique parus depuis le 4e rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (GIEC, 2007). « La température moyenne de l'air devrait se réchauffer entre 2 et 7 degrés en 2100 par rapport à la période préindustrielle ». A ceux qui douteraient encore de l'origine humaine du réchauffement, le document de Potsdam rappelle que durant le dernier quart de siècle, les températures moyennes ont augmenté de 0,19 degré par décennie, ce qui correspond parfaitement aux prévisions calculées sur la base des émissions de gaz à effet de serre. Une société mondiale "décarbonée" – avec zéro émission de CO2 et d'autres gaz à effet de serre durables – doit être atteinte bien avant la fin du siècle", espèrent les climatologues. Le Monde (24/11/09)
12) l’origine anthropique des GES ; le problème des négateurs du climat
- En janvier 2007, le GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) publiait un état de ses connaissances sur le changement climatique – le précédent datait de 2001. Ce rapport confirme, avec « un très haut degré de confiance », l’idée que l’activité humaine a provoqué, depuis 1750, le réchauffement de la planète. Les scientifiques tirent des conclusion pessimistes sur les conséquences d’un réchauffement qui dépasserait 2°C, constatant que « le réchauffement du système climatique est sans équivoque ». Fin 2007, Al Gore et le GIEC sont récompensés par le prix Nobel de la paix. (bilan planète 2009 du Monde p.20)
- James Hansen, climatologue en chef de la NASA, a déclaré en juin 2008 devant une commission du Congrès des Etats-Unis que certains patrons des industries pétrolières et charbonnières devaient être poursuivis pour « crime contre l’humanité et la nature ». Non pour leur activité industrielle, mais pour leur contribution financière aux idées selon lesquelles le changement climatique en cours n’est pas le fait des activités humaines. (bilan planète 2009 du Monde p.89)
- En 2009 comme chaque année, l’institut Heartland, une fondation privée américaine au financement opaque, a organisé à New York sa « conférence climatique » se réclamant du « climatoscepticisme ». La presse a noté un émiettement du discours porté par ces contestataires du changement climatique. Certaines allocutions mettaient en cause la réalité du réchauffement. D’autres ne la niaient pas, mais contestaient qu’il fût suscité par les activités humaines. D’autres encore ne niaient ni la réalité du réchauffement, ni sa cause principale, mais préféraient mettre en avant les effet bénéfiques d’une augmentation des températures. (bilan planète 2009 du Monde p.20)
- Hervé Kempf, Pour sauver la planète, sortez du capitalisme (2009) : « Au-delà d’un certain seuil de transformation, de prédation et de destruction, les écosystèmes changent de régime d’une façon irréversible. L’effet de seuil s’est par exemple placé au cœur de l’analyse du changement climatique. Le débat scientifique ne se déroule pas entre « sceptiques » et « partisans » du réchauffement climatique, comme le laisse croire nombre de médias paresseux ou complaisants. Il est entre la communauté réunie dans le GIEC et une partie des climatologues qui pensent que le rapport de 2007 est trop prudent parce que les signes de l’accélération du changement climatique sont d’ores et déjà visibles. »
13) l’anthropocène, on change d’ère géologique
« Ce que nous devons comprendre, c’est que nous entrons dans une nouvelle ère, l’anthropocène, où pour la première fois dans l’histoire de la Terre, l’homme gouverne l’environnement. Il est la première cause des menaces et modifications qui pèsent sur la planète : à lui de savoir ce qu’il veut faire et comment il va se comporter avec elle. » (Claude Lorius, bilan planète 2009 du Monde p.93)
2) les conséquence sociales
21) les migrants climatiques : migration et tension interethniques
La Terre compte 200 millions de migrants, soit près de 3 % de la population mondiale. Des flux plus complexes que le simple mouvement Sud-Nord. Une autre forme de migration dramatiques se profile, liée cette fois à l’environnement. Il y a eu pas moins de 20 millions de réfugiés climatiques en 2008 selon l’ONU qui affectait ce décompte pour la première fois. Au mois de juin, les Nations unies, l’ONG Care et l’université de Columbia esquissaient l’avenir des migrations forcées liées aux dérèglements de l’environnement : d’ici cinquante ans, le changement climatique va jeter sur les routes 200 millions de réfugiés, provoquant effondrement social et explosions de violence. De quoi compliquer encore l’épineuse gestion des camps de réfugiés et de déplacés. Fin 2008, le monde comptait 42 millions de personnes déracinées. (bilan planète 2009 du Monde p.64)
Remarque de Fabien Delmarès : préférer l'expression "migrants climatiques" à "réfugiés ..."
En effet, les migrants climatiques sont sans statuts, et n'ont droit à rien, puisque non éligibles à une convention internationale ou autre disposition juridique qui leurs permettrait de faire valoir un quelconque droit. Il est donc important de bien les qualifier !
22) les guerres du climat : le problème alimentaire, la montée des eaux
Harald Welzer : « Les prévisions des climatologues annoncent une augmentation des températures et de la raréfaction des pluies au Soudan. Soit une baisse possible de 70 % environ des récoltes de céréales. Dans ce pays déchiré depuis un demi-siècle par la guerre, c’est une menace écologique supplémentaire considérable. La région du Darfour connaît une évolution comparable. L’exemple du Darfour permet, pour la première fois, de mettre en évidence un lien direct entre changement climatique et violence guerrière. La perte d’espaces de survie dans les Etats insulaires, de la désertisations croissante à la salinisation des sols et à l’érosion, sans oublier la sur-acidité des océans et l’alluvionnement des grands lacs, vaste est la palette des problèmes du XXIe siècle susceptibles d’engendrer des conflits armés dramatiques entre des populations qui aspirent aux mêmes ressources rares, qui sont contraintes de quitter des régions devenus inhabitables et tentent de s’installer sur des terre où d’autre se sont déjà établis. » (bilan planète 2009 du Monde p.8)
exemple donné par Rémi Noël sur la montée des eaux. Le GIEC estime la fonte totale des glaces du Groenland à 70 cm en plus pour le niveau de la mer au début du prochain siècle, et que si l'Antarctique devait fondre complètement (hypothèse improbable aujourd'hui), c'est 70 m d'eau en plus qu'il faudrait gérer sur les côtes à la fin du 22ème siècle. L'on sait d'ores et déjà que 70% du Bengladesh est condamné dans le siècle qui vient, suite à la salinisation des terres rendant impossible les cultures, par suite de la montée des océans de quelques dizaines de cm.
3) les solutions
31) les fausses solutions : contribuent à repousser la seule solution efficace, diminuer les émission de GES
311) solutions techniques : la géo-ingénierie
- Des climatologues envisagent de refroidir artificiellement la terre ! Certains voudraient fertiliser les océans avec des particules de fer, un nutriment qui favorise la photosynthèse, donc l’absorption de carbone par le phytoplancton et in fine la diminution de l’effet de serre. Mais il ne suffit pas que le phytoplancton absorbe du carbone, encore faut-il que celui-ci tombe au fond des océans pour y être durablement stocké… On ne peut, sur cette question, rien affirmer ! Un autre dispositif serait l’injection dans la stratosphère de dioxyde de soufre qui se transformerait en minuscules particules de sulfate Ces aérosols réfléchiraient alors partiellement les rayons solaires pendant quelques années. L’éruption volcanique du Pinatubo a ainsi fait baisser en moyenne les températures au sol d’environ 0,5 ° pendant deux ans. Mais cet effet ne reflète pas la complexité des phénomènes et les perturbations différenciées des régions.
- sur la technologie comme moyen de rendre le charbon « propre » : Compliqués à mettre en œuvre, les technologies de capture du carbone ne devraient pas être au point avant 2020 au plus tôt et, selon l’AIE, ne devraient commencer à produire leurs effets sur le niveau mondial des émissions de CO2 qu’à partir de 2030. (bilan planète 2009 du Monde p.46)
312) solutions libérales : le marché carbone
Seuls les Européens s’appuient véritablement sur un système d’échanges de quotas de CO2 pour réduire les émissions du secteur industriel. Pour la première fois en 2008, le volume des quotas alloués s’est avéré insuffisant, contraignant les entreprises à acquérir des crédits à l’extérieur de l’union, notamment sur les marchés liés aux mécanismes de développement propre (MDP). Le protocole de Kyoto permet en effet aux Etats industrialisés ayant pris des engagements chiffrés de comptabiliser dans une certaine limite (13,5 % de leur obligations) ces crédits pour remplir leurs objectifs climatiques. Les MDP sont jusqu’à présent le principal instrument pour transférer des technologies moins polluantes vers les pays du Sud, grâce à des financements du Nord. Toutefois, depuis 2008, la crise financière est venue s’ajouter aux difficultés d’un système grippé par la lourdeur des procédures ; ainsi pour la première fois le volume des GES neutralisé grâce aux MDP a diminué. De plus ce marché est un nouveau terrain de fraude pour les escrocs. (bilan planète 2009 du Monde p.30)
313) l’adaptation comme incitation à ne pas changer ses habitudes consuméristes
- Fin 2006, l’économiste Nicholas Stern a rendu au gouvernement britannique une étude concluant que les coûts de l’inaction seraient très lourds. (bilan planète 2009 du Monde p.18)
- Pour Borloo, un plan d’aide aux pays pauvres est prioritaire pour sauver la conférence de Copenhague qui capote avant même d’avoir commencé. Mais il s’agit de financer un plan justice-climat « pour aider les pays les plus vulnérables à s’adapter aux changements climatiques » (LeMonde du 20 novembre). Ce n’est pas sérieux ! Il ne s’agit pas de s’adapter au réchauffement climatiques, mais d’enrayer les émissions de gaz à effet de serre de la classe globale, celle qui croit encore qu’elle pourra toujours rouler en automobile individuelle. Ce plan repose sur une contribution « volontaire » des pays riches et émergents. Il suffit de se rappeler le % du PIB des riches qui a été promis pour l’aide publique au développent, bonne intention qui n’a jamais été suivi d’effet (sauf par les pays scandinaves). Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent… (commentaires de Michel Sourrouille)
32) les solutions politiques
321) les tentatives de coopération depuis le protocole de Kyoto
George Bush avait bien tenté de s’opposer au protocole de Kyoto, signé en 1997. dès son arrivé au pouvoir, au printemps 2001, le président américain avait signifié son opposition au traité, qui n’impliquait pas la Chine. Venant de la part du premier émetteur mondial à l’époque, ce boycottage aurait pu tué le protocole. Mais il a survécu, sous l’impulsion de l’Europe et du Japon, entrant en vigueur en 2005. Il contraint les pays industrialisés à réduire leurs émissions de GES de 5 % en 2012 par rapport à 1990. Durant toute l’année 2009, les négociations ont piétiné, et les divergences entre pays du Nord et pays du Sud se sont durcies. (bilan planète 2009 du Monde p.18)
322) les actions territoriales : les corps intermédiaires plus efficaces que la diplomatie internationale
- au niveau des villes : la municipalité de Boulder, petite ville de 100 000 habitants du Colorado, a doublé en 2009 la taxe carbone. Au cœur d’un pays peu sensible à l’écologie et d’une nation allergique à l’impôt, la ville a été la première au monde à mettre en œuvre, en 2007, une « contribution climat-énergie » locale. Plus étonnant, cette décision n’a pas été imposée par quelques élus, mais adoptée à 60 % par suffrage universel auprès de la population. La taxe carbone, calculée au prorata de la facture d’électricité de tous les abonnés, a pour but de doter le plan climat d’une source de financement pérenne. (bilan planète 2009 du Monde p.114)
- au niveau d’un pays : le président du Costa Rica, Oscar Arias, veut faire de son pays un modèle de lutte contre le réchauffement climatique de la planète. Le prix Nobel de la paix 1987 a promis que le Costa Rica serait neutre en matière d’émission de carbone dès 2021 car il aura réduit ses émissions de GES ou les compensera par la reforestation (…) Plusieurs écologistes et députés de l’oppositions ont dénoncé le double langage d’Oscar Arias qui autorise de dangereux projets immobiliers, miniers et pétroliers. (bilan planète 2009 du Monde p.120)
323) l’engagement citoyen : le discours politique est inopérant s’il n’y a pas consensus social et simplicité volontaire
Il est clair que la réduction forte des émissions envisagées appelle un changement profond des modes de production économique, voire du mode de vie : une nécessité difficilement ressentie, particulièrement aux Etats-Unis. (bilan planète 2009 du Monde p.19 colonne1)
Rajendra Pachauri a été réélu en 2008 à la tête de l’institution onusienne chargée de poser les diagnostics et d’esquisser les solutions au réchauffement (le GIEC), il tiendra ce rôle jusqu’en 2014. Début 2008, au cours d’une visite à Paris, il déclarait que la seule manière de maintenir intègre le climat actuel est de « changer de mode de vie ». Il faut par exemple « manger moins de viande » car la production animale est très émettrice de GES. Il faut aussi changer les mentalités pour ne rendre désirable que ce qui est utile : « Je déteste le shopping, c’est-à-dire acheter des choses pour la seule raison qu’elles sont disponibles ». Certains lui reprochent d’être un partisan de la décroissance qui avancerait masqué.(bilan planète 2009 du Monde p.97)
Susan Solomon, chercheuse à la National Oceanic and Atmospheric Administration : « C’est par devoir que j’ai accepté la coprésidence du groupe 1 du GIEC (…) Réduire les émissions prendra des décennies. Ni vous, ni moi ne sommes prêts à renoncer à notre voiture demain. Si le problème du changement climatique est si singulier, c’est qu’il impose de se regarder dans le miroir. (bilan planète 2009 du Monde p.104)
Jean-Louis Bianco, ancien ministre: « Combien de temps pourrons-nous encore faire semblant ? Si nous voulons en finir avec un monde mal développé, il faudra apprendre à partager, à vivre sobrement au Nord pour vivre dignement au Sud. Cela ne peut se faire dans le laisser-faire, la simplicité volontaire est en route et les gouvernement seront jugés à leur sens de la solidarité et de l’anticipation. » (LeMonde du 21 novembre)
324) la question du « rationnement » : taxe carbone et carte carbone
- taxe carbone et rationnement par les prix : L’ide d’une taxe carbone avait été lancée en 2006 par Nicolas Hulot dans son « pacte écologique ». Elle avait été reprise, un an plus tard, dans les conclusions du Grenelle de l’environnement. La Suède, le Danemark ou le Royaume-Uni ont introduit cette taxe depuis plusieurs années déjà. Afin de réduire les émissions de CO2 de 80 % d’ici à 2050, objectif de la France, les experts estiment qu’il faut viser une taxe à 100 euros en 2030 et à 200 euros en 2050. (bilan planète 2009 du Monde p.28)
Le 28 juillet 2009, Michel Rocard a remis au président de la République le rapport sur la taxe carbone, fruit des cogitations du groupe d’experts qu’il présidait. (bilan planète 2009 du Monde p.101)
Les députés ont adopté dans une certaine sérénité, l'article 5 du projet de loi de finances (PLF) pour 2010 instaurant une taxe carbone. Christophe Caresche (PS) et François de Rugy (Verts) ont souligné le caractère novateur de ce nouvel impôt destiné à infléchir les comportements de consommation. et à permettre à la France de tenir ses engagements en matière de réduction des émissions de gaz à effets de serre. (Le Monde du 27.10.2009)
La commission européenne a annoncé son intention, début octobre 2009, de préparer une proposition de taxe carbone d’ici au premier trimestre 2010. Resterait à la faire adopter à l’unanimité, comme la veut la règle européenne en matière fiscale. Ce qui est pour le moment loin d’être acquis. (bilan planète 2009 du Monde p.28 colonne 1)
- carte carbone et rationnement par les quantités :
- Cela veut dire distribuer un quota d’émissions de gaz à effet de serre entre les pays en proportion de leur population. Dit autrement, chaque citoyen du monde aurait le même droit, par exemple celui d’émettre 200 ou 300 kg de carbone/an. Donc un rationnement drastique des émissions actuelles du Français moyen. (Roger Guesnerie et Thomas Sterner in LeMonde du 21 novembre).
- Le gouvernement britannique pourrait être l’un des pionniers des crédits CO2 individuels. L’idée est d’accorder à chaque individu un nombre de crédits CO2 annuels plutôt que d’imposer des taxes carbones sur les produits les plus coûteux en énergie fossile. Dans ce système, décrit comme plus égalitaire par ses défenseurs (notamment David Miliband, ancien ministre de l’environnement de Tony Blair, aujourd’hui ministre des affaires étrangères de Gordon Brown), à charge de chacun de gérer sa consommation, ses moyens de transports, ses dépenses énergétiques… Les crédits en excès pourraient être échangés sur un marché carbone, à l’instar de ce qui existe aujourd’hui pour l’industrie. Le projet Carbon Limited a trois ans pour étudier, sous l’égide de la RSA (Royal Society for the Encouragements of Arts, Manufactures & Commerce), l’idée d’une carte carbone individuelle. Et l’idée fait des émules hors du Royaume-Uni : le gouvernement irlandais s’intéresse à la question, et les experts américains examinent ces solutions de près. (Alternatives n° 18, 2e trimestre 2008, revue gratuite financée par Areva)
conclusion :
- La lutte contre le réchauffement marque le passage de la civilisation thermo-industrielle à l’ère de l’après-pétrole. Cette lutte est loin d’être gagnée : « Depuis quelques années, James Hansen a quelque peu déserté les débats scientifiques. Il est tout à sa croisade contre le charbon. Le climatologue en a la certitude, l’humanité brûlera tout le pétrole qu’elle parviendra à sortir du sous-sol. Cela fait, la teneur atmosphérique en dioxyde de carbone se situera autour de 450 à 550 parties par millions (ppm). La houille représente un risque climatique bien supérieur, ses stocks sont quasi inépuisables. Se réhabituer au charbon aujourd’hui, c’est prendre le risque d’un accident climatique majeur demain. » (bilan planète 2009 du Monde p.88)
- On ne peut lutter contre le réchauffement sans lutter contre une société productiviste, la mobilité croissante et les inégalités. Ces caractéristiques ne sont pas seulement celles de la société capitaliste libérale.
Dégradation des écosystèmes, questions agricoles et alimentaires : des problèmes majeurs pour demain (avec Ch. de Crisenoy)
L'agriculture constitue une activité pratiquée par près de la moitié de l'humanité, et l’on ne peut sérieusement réfléchir à un avenir durable sans prendre en compte la sphère agricole dans toutes ses implications. Le Parti Socialiste, traditionnellement tourné vers le monde ouvrier, outre qu’il se préoccupe peu des exploitants agricoles, aborde cette question d'une façon traditionnelle qui ne tient pas réellement compte des bouleversements qu’implique le réchauffement climatique, de la raréfaction et du prix croissant des énergies fossiles et surtout des atteintes à la biodiversité. Or, comme l'écrivait dernièrement Frank Burbage sur le site du Pôle, « la Terre n’est pas seulement un ensemble de moyens destinés à nos usages et à nos consommations. C’est pour cette raison notamment qu’il ne revient pas du tout au même de s’inquiéter du seul réchauffement climatique ou d’y adjoindre la question, aujourd’hui également cruciale, de la biodiversité. »
De fait, seule une agriculture raisonnable peut permettre un aménagement durable du territoire : peuplement régulier, préservation des espaces (sols, eaux, air), des écosystèmes et de la biodiversité, relocalisation des productions induisant une baisse des déplacements, produits à terme exempts de substances chimiques, et donc préservant la santé publique, entretien du capital énergétique que constitue le monde végétal (forêt, biomasse…).
Aussi nous proposons la création d'un groupe de travail sur ces questions, qui peut être élargi pour considérer l'ensemble du développement des milieux ruraux. Ces questions intéressent en effet tous les élus des communes et départements ruraux, les élus "citadins" qui ne peuvent faire l'économie d'une réflexion entre villes et campagnes mais aussi l'ensemble des citoyens car nous devons tous nous interroger notamment sur notre consommation alimentaire qui a des effets directs sur la faim dans le monde et la biodiversité.
Le débat pourrait s'engager autour de trois axes:
- la relocalisation des productions végétales et animales
- la modification du système d'aide européen
- La nécessaire autonomie alimentaire de l’Europe et des grandes régions du monde, la lutte contre la faim et les déséquilibres alimentaires
Selon le rapport de Pavan Sukhdev, perte de la biodiversité et accroissement de la pauvreté semblent aller de pair. C'est donc bien toute la politique agricole qu'il faut reconstruire sur des bases nouvelles, non seulement la PAC mais l'ensemble des échanges internationaux. Il faut repenser les aides pour répondre aux exigences de demain. Il faut rémunérer ceux qui permettent le maintien des zones fragiles et pénaliser ceux qui dégradent l'environnement, subventionner les services rendus par les écosystèmes... Il y a urgence car ce qui ressort du rapport précité c’est ce que si nous ne faisons rien aujourd’hui cela nous coûtera beaucoup plus demain et que ce sont les pauvres des pays pauvres qui les premiers en subiront les conséquences.
(1) auteur en novembre dernier d'une tribune concernant la politique agricole sur le site du PEPS
Du lait aux territoires
Les quotas laitiers ont été instaurés en 1984 pour réduire la surproduction laitière structurelle qui avait été encouragée par les mesures prises de 1960 à 1975. Les quotas sont un droit à produire, la production hors quota étant interdite et pénalisée. Mais il est possible de transférer, de louer ou de gérer ces quotas.
La France avait choisi une gestion administrée au niveau des départements, ce qui a figé la répartition géographique initiale. D’autres pays, comme le Royaume-Uni, ont préféré gérer les quotas par le marché, ce qui a accéléré les restructurations et la délocalisation de la production. Le résultat est néanmoins le même partout : une tendance à la concentration de la production dans de grandes fermes, et la fermeture de la moitié des exploitations de l’UE 15 de 1996 à 2006. En France, le nombre d’exploitations est passé de 427 000 en 1984 à 99 000 aujourd’hui.
Malgré ces restructurations (et leur coût humain, social et environnemental), la surproduction est toujours là. Depuis cette année, les quotas laitiers sont abaissés, en vue de leur disparition en 2015. La production mise sur le marché augmente au fur et à mesure de cette disparition des quotas, provoquant une diminution du prix du lait.
À cela s’ajoute une diminution de la consommation européenne de produits laitiers, que l’on attribue à la crise, mais qui a sans doute d’autres racines : changements des habitudes alimentaires (cf. les rayons de laits de soja, de riz, d’avoine, d’amande…), campagnes alimentaires déconseillant la consommation de graisses (donc de fromage),
Enfin, les choix stratégiques de l’Europe durant ces dernières années se sont révélés erronés : pendant que la production était orientée vers la consommation interne en fromages, la transformation en beurre et lait en poudre a diminué, alors qu’elle constituait une part primordiale des exportations en produits laitiers, dont la demande mondiale augmente fortement (en Chine, notamment). L’Europe n’est donc plus en mesure d’exporter correctement ses surproductions laitières, d'autant qu'elle ne privilégie pas les pays asiatiques à forte demande : les subventions à l’exportation dont ont bénéficié les produits laitiers européens ont conduit à la ruine de petits producteurs dans les pays en développement d'Afrique.
Les réglementations actuelles sur le lait ne sont donc adaptées ni à la consommation européenne, ni aux évolutions de la consommation mondiale. La levée de ces réglementations en Europe, telle qu’elle est pratiquée, ne permet pas de résoudre ces difficultés, comme le montre la crise actuelle. En effet, elle privilégie les « usines à lait » que sont les fermes à très grand cheptel et fortement mécanisées, qui conduisent à une concentration de la production sur le territoire.
Or l’élevage laitier n'est pas uniquement une source d’approvisionnement alimentaire ; il constitue également un moyen pour développer les territoires. La proposition du ministre français de l'agriculture B. Lemaire, relayée par un nombre croissant de dirigeants européens, consiste à mettre en place de nouvelles régulations, par une contractualisation entre producteurs et industriels ; autant dire que seuls les producteurs les plus puissants pourront imposer leur prix aux industriels, au détriment des petits producteurs.
Conséquences prévisibles : des déséquilibres économiques (entre gros producteurs et petits producteurs, ces derniers n'ayant pas les moyens de faire face à la concurrence), des déséquilibres sociaux lié à l’abandon de fermes et à la reconversion difficile des agriculteurs (souvent très endettés) et surtout des déséquilibres géographiques (régions de montagne désertées, concentration de la production).
Bruxelles est prête à accorder la mise en place d’aides d’État pour défendre les producteurs laitiers. Mais ces aides d’État seraient plus efficaces si elles étaient ciblées sur des catégories particulières : production bio, production de montagne, élevage raisonné à faible cheptel. En effet, ces élevages offrent de réels avantages sociaux et environnementaux :
- on paye un prix plus "vrai" pour leurs productions, c’est-à-dire un prix qui se rapproche du coût de production,
- le lait qu'ils produisent contient moins (voire pas) d'antibiotiques, les bêtes sont nourries sans farine, ce qui constitue une amélioration pour la santé publique
- par leur implantation dans des zones en désertification, par la pratique de la transhumance, ils contribuent à l'aménagement des territoires ruraux et ont tout intérêt à ce que les nuisances environnementales soient limitées.
Ces aides permettraient en outre de consolider un axe de la PAC qui devient aujourd’hui primordial : le développement rural. Cette politique, qui s’appuie sur le Fonds Européen Agricole pour le Développement Rural, a pour objectif d’améliorer l’environnement, la qualité de vie en milieu rural et la diversification de l’économie rurale. Comme l’UE l’a déjà fait jusqu’à présent, il serait possible dans le cadre de la modulation de faire basculer des financements du premier pilier de la PAC (aides aux producteurs) vers le deuxième pilier (développement rural). La fin de la régulation par les quotas pourrait signifier le début d’une régulation essentiellement favorable aux petits producteurs, qui s’engagent à produire dans des conditions difficiles (bio, montagne). Les grandes fermes laitières peuvent affronter le marché mondial (c’est d’ailleurs leur souhait, avec l’abandon des quotas qui leur permettent de produire plus) ; ce n’est pas le cas des petits et moyens producteurs. La reconversion que l’Europe leur propose aujourd’hui pourrait être l’occasion de repenser notre agriculture en lien avec
- la protection de l’environnement et de la santé publique
- la protection sociale et économique de ceux qui nourrissent leurs concitoyens
- le développement de tous les territoires.
L’imaginaire paradoxal de la bagnole, par Thierry Abrial
Notre société est, paraît-il, celle de la liberté et de la vitesse.
L’imaginaire social associe la liberté à la bagnole, car celle-ci permettrait à l’individu d’être indépendant ou autonome en se soustrayant aux contraintes des transports collectifs. Etonnant ! Le mythe de la bagnole a modifié l’urbanisme et l’habitat, rendu obligatoire des modes vies aliénés à la voiture. Elle a rendu inhabitable les villes au point que les gens n’ont plus envie d’y habiter et souhaitent fuir toujours plus loin …et pour cela font appel à la bagnole. La bagnole a ainsi tué la ville pour la transformer en des métropoles toujours plus étalées le long d’axes routiers où s’alignent des pavillons tous semblables au gré des modes consuméristes et des zones de hangars métalliques, les nouveaux temples de la consommation. Cet étalement, de plus en plus hypertrophié, ne permet plus dans les grandes agglomérations la mise en œuvre de solutions alternatives comme la bicyclette, les bus, le tramway …accessibles à tous.
D’autre part le propriétaire de bagnole imagine que son véhicule lui permet une vitesse de transport incomparable à d’autres moyens. Cela dépend comment le calcul est fait. Si nous raisonnons globalement nous arrivons au résultat suivant ; pour parcourir de 10000 à 15000 kms par an il est nécessaire de consacrer environ 1500 heures à son véhicule qui se répartissent :
- les heures passées derrière le volant à rouler et dans les embouteillages
- les heures de travail nécessaires pour payer son véhicule
- les heures de travail nécessaires pour payer le carburant
- les heures de travail nécessaires pour payer l’entretien (les pneus, les maintenances …)
- les heures de travail pour payer l’assurance, le garage …
- les heures de travail pour payer la part des impôts nécessaires à la collectivité pour déployer et entretenir les réseaux routiers
- …
Soit une vitesse moyenne comprise entre 6 et 10 km/h, c’est à dire celle d’un cycliste …qui prend le temps de regarder le paysage. On peut pousser le raisonnement plus loin en affirmant que plus les voitures sont puissantes plus elles sont onéreuses et donc moins rapides que les petites voitures. Ce raisonnement démontre les absurdités de notre système prétendu rationnel, la logique économique aurait du nous orienter vers les transports collectifs pour la grande masse des déplacements et vers l’automobile pour quelques cas comme les urgences. La crise écologique et sociale qui s’amorce va nous y obliger, mais le prix à payer sera lourd d’autant plus que les décisions tarderont ...d'autant plus que nous ne sommes pas encore prêts à assumer nos contradictions.
L’écologie ? Forcément socialiste ! (et vice-versa…) par Jean-Jacques Fresko
Le score brillant d’Europe-Ecologie le 7 juin n’est pas une catastrophe. C’est au contraire pour le PS une excellente nouvelle, porteuse d’avenir ! A quelques conditions…
« L’écologie et le socialisme ne font qu’un ! », a déclaré François Mitterrand en 1981. Près de trente ans plus tard, notre parti pleure ses électeurs partis en masse voter Europe-Ecologie. Cette situation est d’autant plus paradoxale, et d’autant plus rageante, que si les amis de Cohn-Bendit posent clairement les bonnes questions (comment vivrons-nous heureux demain, à 9 milliards, sur une Terre dont les ressources s’épuisent ?), ils ne sont pas en mesure de four-nir les réponses appropriées, sous la forme d’une proposition politique, économique et sociale cohérente, d’un projet de société propre à faire rêver nos compatriotes. Entre Cohn-Bendit le social-démocrate, Bové l’alter-tout-ce-qu’on-veut, et Eva Joly l’incorruptible naguère tentée par le Modem, bon courage pour élaborer un programme de gouvernement ! La droite n’est pas plus en me-sure de répondre au défi écologique. Ni l’habileté politicienne de Sarkozy, ni l’activisme débridé de Borloo, ni les quelques mesures positives (eh oui…) que ce gouvernement a prises et qu’au pouvoir nous n’avions pas su prendre, ne peuvent masquer l’essentiel : la doctrine économique de la droite, fondée sur le dogme du libre-échange et de la croissance du PIB, ne pourra jamais intégrer les nécessaires régulations, les inévitables limitations qu’impose la gestion collective de ressources devenues précieuses, car rares. On connaît la formule : « pour penser que l’on pourra conduire une croissance infinie dans un monde fini, il faut être soit un fou, soit un économiste ». Il faudrait ajouter, pour être complet : « un économiste libéral » (en priant très fort pour que ce ne soit pas un pléonasme…). La tentative de la droite de réaliser la synthèse entre la société de marché qu’elle promeut et la réalité écologique est, physiquement, une imposture. Son écologie marchandisée a un point commun avec l’écologie émotionnelle des Verts : étant l’une et l’autre à courte vue, elles sont toutes deux vouées à l’échec.
L’ennui, pour le PS, c’est qu’il est aujourd’hui incapable de formuler sa propre réponse à l’enjeu écologique. Pourquoi ? D’abord, sans doute, parce que les Verts se sont historiquement fixés à gauche, ce qui nous a conduits à leur sous-traiter toutes les thématiques liées à l’écologie (y compris dans nos exécutifs régionaux ou locaux), entraînant pour notre parti une paresse doctrinale que nous payons très cher aujourd’hui. Ensuite, parce que nous sommes tétanisés par l’idée que la question sociale, qui est au cœur de notre identité politique, prime tout, et que dès lors l’écologie est une préoccupation accessoire. Réduisons les inégalités, créons des emplois pour tous, on s’occupera des ours polaires plus tard. Quel aveuglement !
Vous connaissez la nouvelle, camarades ? La question sociale et la question écologique sont les deux faces d’une même médaille ! Pour « sauver la planète », il n’y a pas d’autre solution que de réduire les inégalités, et de créer des emplois. Démonstration par l’agriculture : nos modes de production actuels, fortement industrialisés (mécanisation, intrants chimiques, OGM, cultures hors-sol…) produisent des effets néfastes tant pour « l’environnement » (épuisement de la couche fertile, perte accélérée de biodiversité domestique et sauvage) que pour les consommateurs (perte de quali-tés organoleptiques, risques sanitaires). Pour « produire mieux », il faut adopter des pratiques agricoles (bio ou autre) moins mécanisées et moins chimiques, ce qui, à production égale, nécessite plus de travail. Avantage : ça crée des emplois. Inconvénient : nécessitant plus de travail, ça coûte plus cher. Pour que ces produits soient accessibles à l’ensemble de la population, que ces pratiques « vertueuses » soient généralisées et qu’elles aient donc un impact réel sur la biodiversité et la santé publique, il faut donc opérer les redistributions nécessaires. En raccourci : pour sauver la biodiversité, il faut réduire les inégalités. On pourrait reproduire ce schéma avec l’habillement, le logement, les transports : une économie écologique est forcément créatrice d’emplois (mais pas de croissance…), et elle n’est accessible qu’au prix d’une réduction volonta-riste des inégalités. Réduire les inégalités, c’est bien ce que nous rêvons de faire, non ? Il y a sûrement une troisième raison qui rend notre parti autiste sur les questions écologiques, c’est –excusez du peu !- que nous croyons au Progrès.
Nous sommes habités par une idée forte : il est de notre responsabilité de faire en sorte, toujours, que demain soit meilleur qu’aujourd’hui. Jusque-là, tout va bien. Ce qui cloche, c’est que nous nous sommes plus ou moins consciemment ralliés à l’idée que ce « toujours mieux » était synonyme de « toujours plus ». Du coup, nous sommes réticents à avouer à nos compatriotes ce qu’ils savent déjà confusément : demain nous consommerons moins qu’aujourd’hui, nos enfants disposeront de moins de biens que nous. Nous sommes en outre tous plus ou moins pris en tenaille entre la culpabilité de consommer (et donc de subtiliser des ressources aux générations futures) et l’aspiration à profiter, encore un peu, du système. Nous avons, nous socialistes, la responsabilité de répondre à cette angoisse sociale fondamentale en abandonnant sans regret le « toujours plus » à la droite, et en affirmant notre primat du « toujours mieux ». Le « toujours plus » est bêtement quantitatif et comptable, le « toujours mieux » est qualitatif et même, si nous le voulons, jubilatoire ! Le toujours mieux, c’est réinvestir massivement dans un système scolaire aujourd’hui déliquescent, c’est ouvrir à tous l’accès à la création et à une culture vivante en levant les obstacles économiques et les inhibitions sociales. Utopie ? Mais qu’avons-nous fait d’autre en 1981 ? (Fête de la musique, prix unique du livre, soutien à la production cinémato-graphique et au spectacle vivant…). Nous voilà loin de l’écologie ? Pas du tout : substituer aux consommations matérielles et quantitatives des pratiques qualitatives et immatérielles, c’est bien économiser des ressources, des matières premières, de l’énergie, des rejets de toutes sortes, non ? Et ce « toujours mieux »-là est furieusement socialiste, vous ne trouvez pas ?
Résumons : Europe-Ecologie a eu le mérite de placer les enjeux écologiques au cœur du débat public, et de relayer ainsi les préoccupations « existentielles » des Français. Mais c’est nous, socialistes, qui disposons de la doctrine et des outils intellectuels qui sont les seuls à même d’apporter les réponses que la société attend.
Trop lentement, notre parti élabore des propositions : l’idée d’une « contribution climat-énergie universelle » (le mot important est « universelle »), adoptée à l’unanimité par le bureau national le 2 juillet, va évidemment dans le bon sens. Mais il y a des rechutes : la réponse consternante de Martine Aubry à la question « Le PS est-il prêt à se convertir à l’écologie ? » dans Le Monde du 5-6 juillet, par exemple (1). Voir dans l’écologie une posture passéiste, obscurantiste, et tribale, voilà qui ramène le PS dix ans en arrière, et trente ans derrière ses électeurs ! Sans attendre que nos dirigeants en aient terminé de leurs querelles stériles et de leurs stratégies pathétiques, c’est à chacun de nous d’être à la hauteur de la responsabilité que les enjeux écologiques nous confè-rent, et de nous persuader de la formidable modernité et de l’incontestable pertinence de la doctrine socialiste, seule à même de répondre à ces enjeux. Il y a, bien sûr, une autre option : attendre sereinement que notre parti soit devenu le courant « social » d’Europe-Ecologie. Sans un sursaut urgent… et joyeux, l’attente risque d’être brève.
Jean-Jacques Fresko
Secrétaire fédéral, chargé du déve-loppement durable du territoire, Fédération PS de Savoie
(1) « …il ne faudrait pas que la néces-saire lutte contre le réchauffement climatique et pour la préservation de nos richesses naturelles nous conduise vers une sorte de néonaturalisme, une société qui refuserait l’innovation, la création, la mobilité, et qui se replierait sur elle-même, sur la tradition, sur des tribus, sur des communautés. »
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Texte initialement publié en juillet 2009 par l’Echo socialiste, le journal de la Fédération PS de Savoie
Eric Loiselet : «le PS est incapable de rompre avec le productivisme»
Marianne2.fr : A l'occasion de l'assemblée plénière des journées d'été des Verts intitulée «le rassemblement des écologistes», vous avez très vivement critiqué le Parti socialiste sur son incapacité à s'emparer, selon vous, de l'enjeu écologique.
Vous avez posé un ultimatum à Martine Aubry pour changer les choses après les universités d'été de La Rochelle : quel changement faudrait-il opérer selon vous pour que le PS regagne la confiance du pôle écologiste ?
Eric Loiselet : Il y a deux points principaux sur lesquels il semble nécessaire que la direction du PS change radicalement. D'abord, nous souhaiterions que le PS s'intéresse vraiment à l'écologie politique : à l'occasion d'une interview le 4 juillet dernier, Martine Aubry a fait part de son inquiétude quant à un risque de «néo naturalisme tribal» dans l'écologie politique. Cela dénote d'une conception très datée et caricaturale de l'écologie : on n'improvise pas, au détour d'une interview, un concept qui remplacerait 40 ans d'élaboration politique !
>> lire la suite sur le site de marianne2.fr
La voiture électrique en question : une note de Michel Mousel
Au dernier salon de l’automobile, le président de la République a annoncé un plan « véhicule décarboné ». Le coordinateur général en est Jean-Louis Legrand. Le nom choisi pour ce plan automobile résume à lui seul une bonne part des ambiguïtés qui accompagnent toujours la question du véhicule électrique. Il est impossible d’écrire : "véhicule décarboné = véhicule électrique". Une telle simplification, je le dis depuis longtemps, provoque des réactions d'hostilité inévitablement fondées sur la conviction qu'il y a là une imposture.
La chaîne de traction électrique est intéressante à plus d’un titre. Pour simplifier
a) elle possède un grand nombre d'avantages pour la propulsion d'un véhicule, y compris du point de vue de l'efficacité énergétique ;
b) elle constitue une des utilisations les plus efficaces de l'électricité ;
c) elle regroupe la quasi-totalité des alternatives à la propulsion par moteur thermique, et propose même des améliorations au rendement du moteur thermique.
Peu utilisée pour la motorisation individuelle, non industrialisée, la chaîne de traction électrique est porteuse de potentialités importantes de progrès technique. C'est pourquoi il était (est) intéressant d'en soutenir les applications. Pourtant, les pouvoirs publics et tous les opérateurs engagés dans le projet présenté, malgré leurs dénégations, se sont refusés à faire appel à cette technique à chaque stade de la crise énergétique (quand ils n'ont pas fait obstacle à la recherche).
Mais la chaîne de traction électrique présente un point faible : la mise à disposition de l'électricité.
Bien sûr, on pense tout de suite
- à la question de l'autonomie des batteries, qui fait toujours couler beaucoup d'encre, pour des progrès jusqu'à présent très faibles (et donc certainement perfectibles...)
- aux postes de recharge, qui semblent être le point central du nouveau projet.
Cependant, la vraie difficulté se situe en amont de la chaîne de traction : avec quoi produit-on l'électricité ? Et où ?
Seule l'analyse du cycle de production permet de répondre à la question. Il faut en effet calculer le bilan des externalités intégrées au stade de la traction et à celui de l'alimentation. Ce bilan est-il favorable du point de vue de l'effet de serre et des autres impacts environnementaux ?
Cette question fait partie intégrante de la recherche scientifique et technologique. Elle ne doit pas intervenir après qu'on aura décidé de couvrir le réseau routier de postes de recharge tous les hectomètres.
À lire sur la question. Benjamin Dessus, « La fée électricité sous le capot ? » dans Global Chance n° 26, janvier 2009
Les nouvelles technologies de l’information et de la communication, usage politique
La loi Création et internet vient d’être adoptée par l’Assemblée nationale. La loi prévoit, après une phase de mesures graduées, une suspension de l’abonnement, de deux mois à un an, prononcée par la Haute Autorité de protection des droits sur Internet (Hadopi). Le texte doit faire l’objet d’une rédaction commune Assemblée-Sénat dans le cadre d’une commission mixte paritaire, l’adoption du texte définitif étant prévue le 9 avril prochain.
Le Pôle écologique a officiellement pris position contre la loi Hadopi. Son positionnement en faveur des technologies d’information et d’information a été défini dans la contribution puis dans la motion élaborées l’an dernier.
Pour autant, les membres du Pôle sont conscients que plusieurs points concernant ces nouvelles technologies nécessitent d’être précisés. Cette clarification, qui concerne les usages des TIC, devrait être au fondement de nos propositions politiques.
1. Informations, réseaux, nouvelles productions
Les TIC ont été conçues et développées pour accroître la productivité et la rationalisation ainsi que pour renforcer les structures pyramidales au sein des entreprises et des administrations. Mais l’usage qui en a été fait a renversé le schéma initial : si la rationalisation reste un élément essentiel, qui doit être mis au service de préoccupations socio-éco-environnementales (gestion des ressources, des flux, de la production énergétique, afin d’éviter le gaspillage et la production excessive de carbone), les TIC ont permis l’émergence d’une société collaborative.
Ces technologies permettent en effet la production commune, par des individus qui n’auraient jamais eu l’occasion d’entrer en contact sans internet, de savoirs (Wikipédia), de logiciels, de services (enseignement en ligne dans les pays en développement), qui peuvent être marchands ou non-marchands (logiciels libres, libres encyclopédies, mise à disposition de pratiques pédagogiques…). Les TIC permettent par conséquent de multiplier les biens communs.
Ce nouvel usage collaboratif permet de démultiplier les pouvoirs d’action des individus, grâce aux réseaux sociaux notamment. La campagne de B. Obama, fondée sur une articulation entre réseaux sociaux sur internet et réseaux sociaux « physiques » en local, l’illustre particulièrement bien. En France, le Pôle a également tenté l’expérience, avec la création de monpoleecologique.fr. À l’échelle européenne, Europe Ecologie a également fondé son réseau social. À ce titre, les TIC permettent de lutter contre l’isolement et l’exclusion et favorisent une réflexion/action politique sur de vastes territoires (il serait bon de réfléchir à un usage européen par la constitution de groupes transnationaux).
Mais la fracture numérique devient alors facteur d’exclusion, pour ceux qui n’auraient pas accès à ces technologies, ou qui choisiraient délibérément de s’en retirer. D’où la nécessité de mettre les TIC à la disposition de tous, afin que chacun fasse son propre choix, et sans que cela implique une mise au ban de la société.
2. Aspects techniques
Les TIC nécessitent des supports technologiques complexes, utilisant des métaux rares et parfois polluants. La question se pose donc des ressources et des déchets.
Jusqu’à présent, la chaîne de production du matériel informatique a été totalement déconnectée de l’environnement : on y prend les ressources, on y rejette les déchets. Un tel système a généré la mise en place de recyclage « sauvage », dans les pays en développement, pris en charge par des organisations illégales qui tirent profit de la récupération des métaux rares mais ne s’occupent pas des pollutions induites. Faut-il pour cette raison rejeter les TIC ? Ce serait prendre le problème à l’envers. Il est aujourd’hui nécessaire de penser écologiquement et économiquement le cycle de production du matériel informatique, par la création de filières de recyclage permettant d’économiser les ressources et de gérer les déchets, tout en limitant les activités illégales (source d’insécurité, car financement de réseaux mafieux). Ces filières de recyclage permettraient des créations d’emploi, aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement.
3. La production électrique
L’utilisation croissante des TIC implique bien entendu une utilisation croissante d’électricité. Mais les gains de productivité induits par les progrès techniques (microprocesseurs plus performants qui permettent aux machines de fonctionner plus rapidement, écrans plus économes…) réduisent les besoins d’électricité par machine. La recherche en ces domaines doit continuer, elle est productrice d’emplois.
La communication de la CEE sur les TIC, qui s’appuie sur le rapport Smart 2020 (GeSI et Climate group), évoque l’augmentation de la consommation d’électricité par les TIC (de 2% des émissions de CO2 aujourd’hui à 3% en 2020), mais aussi leur rôle dans l’amélioration énergétique d’autres secteurs : une économie de près de 15% des émissions CO2 d’ici 2020, soit près de 8 milliards de tonnes (économie estimée pour les transports : 27%). Par conséquent, pour atténuer le poids environnemental des TIC induit par leur consommation, la Commission préconise de développer leur usage à des fins de rationalisation d’autres dépenses énergétiques (compteurs intelligents…). Une autre orientation paraît difficilement soutenable.
Le Pôle, conscient des politiques à mener pour diminuer les externalités négatives liées à l’usage des TIC, a fondé sa position sur les améliorations sociales, économiques et écologiques permises par ces technologies. Les propositions qu’il fera auprès de la direction du PS devront tenir compte de la médaille comme de son revers.
AREVA / RDC : un contrat en toute transparence ?
Jeudi 26 mars, à l'occasion de la visite de Nicolas Sarkozy en République Démocratique du Congo, a été signé un contrat entre AREVA et la RDC concernant l'exploration et l'exploitation de minerai d'uranium.
La France a signé les Principes de l'Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives. D'ailleurs Michel Doucin, ambassadeur pour la responsabilité sociale des entreprises et la bioéthique représente la France au Conseil d'Administration de l'IETE.
AREVA s'est engagée à respecter les principes de l'IETE.
La République Démocratique du Congo est pays candidat à l'IETE. Elle dispose d'un délai jusqu'en mars 2010 pour se mettre en conformité avec les principes de l'IETE.
Les conditions sont, au moins en apparence, remplies, pour que ce contrat soit inscrit dans le cadre des principes de transparence de l'IETE.
Dans un communiqué, AREVA a déclaré : "Le gouvernement de la République Démocratique du Congo et le groupe AREVA envisagent cette coopération dans une logique de développement durable et souhaitent travailler à la mise en place d'un partenariat gagnant-gagnant de valorisation des ressources minières du pays."
Mais ni AREVA, ni le Gouvernement Français, ni la RDC n'ont évoqué leur engagement à respecter les principes de l'IETE.
Peut-être parce que cela tombe sous le sens ?
Cela irait mieux en le disant.
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Qu'est ce que l'EITI / IETE ?
L'initiative de transparence des industries extractives (IETE, EITI en anglais) a été annoncée par le Premier Ministre britannique Tony Blair à l'occasion du sommet mondial sur le Développement durable qui a eu lieu à Johannesburg en septembre 2002.
L'attrait des industries extractives réside dans l'existence d'une forte corrélation entre les pays riches en ressources naturelles et les pays présentant de fort niveau de pauvreté ou un faible taux de croissance économique, du fait notamment des problèmes de gouvernance.
Aussi, l'EITI vise-t-elle à accroître la transparence des revenus versés au gouvernement et/ou à ses démembrements par les compagnies pétrolières, gazières et minières en mettant à la disposition du public, de la communauté internationale et de la société civile le récapitulatif des versements effectués. La connaissance des revenus donnera ainsi les moyens aux citoyens et aux institutions de demander des comptes au gouvernement. L'initiative doit en outre contribuer à améliorer l'environnement des affaires.
L'adhésion à EITI est conditionnée par l'observation de certains principes définis dans le livre source à consulter sur le site de l'initiative.
Les participants à l'initiative doivent, notamment :
- Réaliser un rapprochement des revenus déclarés d'une part par les compagnies pétrolières et d'autre part par les différents organismes collecteurs de l'Etat (Trésor Public, Direction Générale des impôts,...) La récupération et la réconciliation des déclarations des compagnies pétrolières, gazières ou minières et de celles de l'Etat doivent être assurées par un cabinet d'audit international sélectionné par appel d'offres international.
- Publier les revenus reçus des sociétés par l'Etat à partir d'un moyen de communication accessible au grand public ;
- Intégrer activement la société civile à la conception et au suivi du processus d'exécution ainsi qu'aux débats publics concernant l'initiative ;
- Respecter le programme de travail et le calendrier établi pour la mise en oeuvre des dispositions de EITI.
Source : Ministère des Finances

